Déni de droit en Israël

Toute honte bue, Ariel Sharon a déclaré : « ce sont nos besoins de sécurité qui guident nos actes ». Il a demandé aux membres de son gouvernement de ne pas critiquer publiquement la destruction des maisons à Rafah. Selon lui, « les maisons détruites étaient inhabitées » et l’intervention de l’armée israélienne serait « défensive et destinée à prévenir des contrebandes d’armes »…
Néanmoins, des ONG et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) présents à Rafah ont « dénoncé cet acte inacceptable au regard du droit humanitaire international », rapporte le quotidien palestinien « Al Ayyam ». Le CICR fait état de 93 familles, soit 600 personnes, privées de leurs habitations dans la Bande de Ghaza. La Croix-Rouge internationale a distribué couvertures, kits sanitaires, nécessaires de cuisine et lampes à gaz aux familles regroupées autour des tentes dressées à proximité des décombres. La majorité « se sont précipités dans la nuit froide, portant dans leurs bras leurs enfants encore endormis ». L’Autorité palestinienne, épaulée par des organisations humanitaires, s’efforce de subvenir aux premiers besoins d’urgence.
Des centaines d’habitants de Rafah «sont devenus des sans-abri, exposés aux très mauvaises conditions climatiques qui sévissent actuellement dans la région », écrit le quotidien israélien à grand tirage, « Ha’Aretz ». « Cette punition collective est d’une cruauté aveugle, n’épargnant ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards », poursuit le journal, ajoutant qu’il s’agit d’un « chapitre honteux dans l’histoire d’Israël ». Il qualifie de « farce cynique », les déclarations faites par le ministre de la Défense et chef du Parti travailliste, Benjamin Ben Eliezer, au lendemain de l’opération de destruction. Celui-ci avait eu le front d’affirmer, sans sourciller : « Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour alléger les souffrances de la majorité de la population palestinienne». Sans commentaire. «C’est un crime de guerre », est-il souligné dans un autre article du « Ha’Aretz». « Il n’y a pas d’autres façons pour décrire la punition collective de centaines de civils innocents, laissés entièrement démunis ».
Le courrier des lecteurs de Ha’Aretz publie également des lettres de citoyens israéliens scandalisés par les actes inqualifiables de leur armée, certains affirmant éprouver de la honte. Pour leur part, Shimon Pérès, le ministre israélien des Affaires étrangères, ainsi que quelques autres ministres travaillistes ont critiqué l’opération de Rafah. «La destruction de maisons nous nuit gravement d’un point de vue médiatique », a déclaré Pérès sur les ondes de Radio Israël. Selon le «Jerusalem Post», Peres a annoncé, après une réunion avec Sharon et le ministre de la Défense, que le gouvernement a décidé d’arrêter la démolition de maisons dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne.
Devant des membres de la Knesset, Pérès a aussi déclaré avoir « tiré la leçon » et constaté que « c’était une erreur ». Une erreur dont ils ne mesurent (et ne payent) pas les conséquences. Mais il se trouve en Israël des gens prêts à défendre l’indéfendable. Et le « Post » rapporte que des députés du Likoud, le parti de Sharon, continuent d’arguer « qu’il n’est pas possible de faire la guerre dans une zone surpeuplée sans faire de victimes parmi les civils».
On n’ose trop se demander jusqu’où peuvent le mener les «besoins de sécurité » évoqués par le Premier ministre israélien.

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