Disparitions en Algérie : Les ONG en colère

Farouk Ksentini, président d’une commission consultative sur les droits de l’Homme, a remis, jeudi 31 mars, un rapport au président Abdelaziz Bouteflika qui recense plus de
6 146 cas de disparitions de civils au cours de la décennie de violence enclenchée au début de l’année 1992 à la suite de l’annulation d’élections emportées par le Front islamique du salut.
Selon Farouk Ksentini, des éléments des forces de sécurité algériennes seraient responsables, à titre individuel, des cas de disparitions.
Il a ainsi de nouveau déclaré que l’Etat algérien était "responsable mais pas coupable". Farouk Ksentini a ajouté que durant ces années troublées par la guerre entre les groupes armés islamistes et les services de sécurité algériens, "le premier disparu était bel et bien l’Etat". Rappelons que la guerre civile en Algérie a fait officiellement
150 000 morts.
Même si le rapport constitue la première reconnaissance officielle de la responsabilité pénale des forces de l’ordre concernant les enlèvements, il n’a pas manqué de susciter une vigoureuse réaction de Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (Laddh). Ali Yahia Abdenour a accusé l’auteur du rapport de n’être qu’un "chargé de mission" du pouvoir qui "pollue les droits de l’Homme". M. Ksentini, de son côté, y voit une "réhabilitation de la mémoire des disparus". Dans son rapport, il recommande aux familles de victimes de recevoir une indemnisation sous condition de renoncer aux poursuites judiciaires.
Il faut noter que M.Ksentini a toujours plaidé en faveur du projet d’amnistie générale. Un projet devrait être soumis à référendum dans le courant de l’année par le président Bouteflika. « C’est la meilleure solution pour tourner la page", a-t-il dit. Il a ajouté que l’amnistie profiterait également aux agents de l’Etat qui ont commis des dépassements : il n’y a aucune raison de les exclure"
Des déclarations qui ne tarderont pas à provoquer la colère des associations de familles de disparus et de la Laddh. Ces derniers ont accusé le pouvoir algérien de vouloir consacrer "l’impunité" et d’"acheter le silence des familles", le plus souvent à des conditions modestes.
Tout en rejetant le rapport de Farouk Ksentini, des groupes de défense des droits de l’Homme algériens ont réclamé une enquête indépendante sur les disparitions.
On n’observait aucune volonté politique de rechercher la vérité, a déclaré Lila Iril, présidente de l’Association nationale des familles de disparus. Elle a ajouté que ces disparitions n’avaient pas constitué des incidents isolés contrairement à ce qu’affirme le gouvernement algérien. Elle a aussi demandé la création d’une commission d’enquête indépendante pleinement habilitée à interroger des témoins, y compris les plus hautes autorités.
Selon ces associations, plus de 6100 civils, soupçonnés à tort de liens avec les rebelles, ont été emmenés pour interrogatoire par des agents des forces de sécurité durant les années 1990 et n’ont plus jamais reparu ensuite.
Depuis plusieurs années, la question des disparitions en Algérie a constitué un grand tabou. Durant tout ce temps, les autorités algériennes n’ont fait que pointer du doigt les groupes islamistes armés.

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