Divergences au sein du G8

L’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Japon, la Russie et leur hôte la France, ont entamé dimanche, à Evian dans le sud-est de la France, leurs travaux consacrés à la relance de la coopération politique et économique internationale. Une rencontre aux lourds défis qui se déroule dans un climat d’après-guerre en Irak quelque peu tendu malgré plusieurs gestes d’apaisement. Signe que ces relations ne sont pas au beau fixe, le président américain doit quitter dès aujourd’hui le sommet, soit plus de 24 heures avant la fin des débats, sans laisser son représentant. George W. Bush s’est certes engagé à relancer le processus de paix au Proche-Orient, notamment à travers deux rencontres régionales prévues demain et mercredi, mais sa courte visite en France intervient après plusieurs mois de crise internationale et de tensions bilatérales. Lors de sa visite en Pologne samedi, M. Bush a malgré tout assuré qu’il souhaitait une « alliance solide » entre les Etats-Unis et l’Europe mais son homologue français l’a aussi précisé : les deux camps ont beaucoup de problèmes à aborder, même « de façon positive ». Le tête-à-tête entre les deux hommes devait se dérouler ce matin.
Outre la crise et la guerre en Irak, les travaux du G8, eux-mêmes, promettaient des débats animés. Durant trois jours, les grands de ce monde tenteront de répondre à la panne actuelle de la croissance mondiale sur fond d’envolée de l’euro par rapport au dollar. Le réchauffement climatique et l’accès à l’eau potable sont aussi au menu. Cher à Jacques Chirac, le dossier africain devait être longuement évoqué aujourd’hui en présence des dirigeants sud-africain, algérien, égyptien, nigérian et sénégalais. Tous sont venus défendre le NEPAD, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, auquel Paris et Londres ont largement souscrit ces derniers mois. Pour l’Afrique, il sera aussi question de l’accès de la population aux soins, en particulier pour lutter contre la progression du sida, au lendemain de l’annonce faite par le président américain. Washington a décidé vendredi de consacrer 15 milliards de dollars sur cinq ans à la lutte contre le sida, une « offensive » qui devrait pousser ses partenaires européens à en faire autant, à hauteur d’un budget de 500 millions d’euros annuels.
Dans le cadre du « dialogue élargi », le président chinois Hu Jintao, ses homologues mexicain, Vicente Fox, et brésilien, Luis Inacio Lula da Silva, ou encore le chef d’Etat malais Mahathir Mohamad ont par ailleurs été invités, de même que plusieurs organisations internationales et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan a réclamé dès dimanche davantage d’efforts pour combattre la misère dans le monde. « La proportion de gens vivant dans la misère a augmenté en Amérique latine, en Afrique subsaharienne, en Europe centrale et orientale et dans la Communauté des Etats indépendants (ex-Union soviétique) », a-t-il déclaré devant les dirigeants du G8. Selon lui, l’accès de ces pays aux marchés mondiaux « doit être amélioré, ce qui exige une réduction des subventions agricoles et l’élimination des barrières tarifaires ».
Non conviés au sommet, les altermondialistes étaient présents au lieu des débats depuis plusieurs jours. Dimanche, pour célébrer à leur manière l’ouverture de la réunion, ils ont organisé deux cortèges, un dans la ville suisse voisine, Genève, et l’autre à Annemasse. Les deux se sont rejoints aux abords d’Evian, ville interdite, avant de se disperser. Derrière une banderole portant l’inscription « G8 illégitime », la première manifestation a notamment rassemblé plusieurs ressortissants des pays du Sud réclamant l’annulation de la dette du Tiers-monde. Côté  français, on pouvait lire les slogans « Contre les saigneurs du G8 » ou encore « Annulons la dette pour un monde honnête ». Ces marches, si elles se sont généralement déroulées dans le calme, ont été émaillées de plusieurs incidents provoqués par des perturbateurs, durant le week-end. Dimanche encore, au niveau de la frontière franco-suisse,  une quinzaine de casseurs cagoulés ont brisé les vitres et pillé de commerces. À Genève, des manifestants ont brûlé des pneus et érigé des barricades sur cinq ponts de la ville pour empêcher les délégués de se rendre au sommet. La veille déjà, plusieurs incidents y avaient eu lieu ainsi qu’à Lausanne.

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