Egypte : Ayman superstar

Le procès d’Ayman Nour, le principal adversaire déclaré du chef d’Etat Hosni Moubarak à la présidentielle égyptienne, s’est ouvert mardi au Caire. Cet avocat, âgé de 40 ans, est devenu le rival du Raïs, le plus médiatisé après avoir passé six semaines en détention préventive au début de cette année. Arrêté en janvier, il a été relâché en mars dernier. Son habileté politique et son audace dans l’opposition l’ont propulsé à l’avant-scène, sous les feux des projecteurs internationaux.
Durant son séjour en Egypte, la secrétaire d’Etat américain Condolezza Rice avait reçu Ayman Nour pour lui apporter son soutien. Rappelons que la secrétaire d’Etat avait annulé son voyage en Egypte en mars dernier pour protester contre sa détention. Pour éviter d’avoir une image d’un homme politique boosté par l’Amérique, Ayman Nour a déclaré qu’il ne veut pas l’appui américain. «Je parie sur le peuple égyptien. Mais si, dans le cadre d’un dialogue, les Etats-Unis me respectent et m’appuient, je suis très satisfait», avait-il affirmé.
Dans ce procès, Ayman Nour est accusé d’avoir présenté de faux-documents pour fonder son parti politique El-Ghad (demain). Des accusations que Nour déclare non fondées. Il certifie que les charges retenues contre lui ne sont motivées que par des calculs politiques. « Le but du procès est de nuire à ma crédibilité et à mon image. Mais, même les singes du zoo savent qu’il a été fabriqué de toutes pièces par les autorités », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’AFP. Ayman Nour a choisi l’offensive comme stratégie de défense. En effet, il compte accuser le régime actuel d’avoir faussé des élections. « Durant mon procès, ils m’accuseront d’avoir falsifié des documents pour créer mon parti. Contre ces fausses allégations, j’accuserai le régime d’avoir truqué les élections », a-t-il affirmé. Cette stratégie permettrait à l’opposant de condamner le régime tout en s’assurant un plus large appui pour l’élection présidentielle de septembre. Nour est, par ailleurs, convaincu qu’une élection présidentielle anticipée aura lieu avant la fin du cinquième mandat de six ans que M. Moubarak, 77 ans, s’apprête à briguer en septembre. Mais, il ne pourra plus entrer en lice. Au-delà du prochain scrutin seuls, les dirigeants de partis autorisés depuis plus de cinq ans auront le droit de présenter leur candidature, selon l’amendement constitutionnel voté le 25 mai. Le parti Al-Ghad de Nour, autorisé en octobre 2004, sera automatiquement éliminé de la course. Ce parti qui ne détient que sept des 454 sièges du Parlement, dominés par le PND, demande l’abrogation de l’état d’urgence en vigueur depuis 24 ans et le remplacement du régime ultra-présidentiel actuel par un régime parlementaire. «Le régime a atteint sa limite. Moubarak n’a plus rien à offrir après 24 ans de pouvoir. Il a volé l’âme du peuple égyptien», déclare Nour. Le président Hosni Moubarak est arrivé au pouvoir en 1981 après l’assassinat de Sadate le 6 octobre 1981. Depuis, il a mené à leur terme quatre mandats présidentiels consécutifs, de six ans chacun. Pendant ces 24 ans, la réélection de Raïs se faisait de façon indirecte. En effet, c’était le Parlement qui nommait un candidat unique, en l’occurrence Hosni Moubarak. Ce candidat est ensuite soumis à un référendum. Après un amendement de la Constitution, qui fut soumis le mois dernier à un référendum, plusieurs candidats peuvent désormais se présenter à la présidence.

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