Égypte : Dans la ville natale de Moubarak, on ne pleure pas l’enfant du pays

Égypte : Dans la ville natale de Moubarak, on ne pleure pas l’enfant du pays

Dans le village natal de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, les habitants ont assisté les yeux secs à la chute de l’enfant du pays. «Ce village est un bout d’Egypte. Tout le pays veut la liberté», explique Sabri Nabawi, directeur d’école. Petit village qu’Hosni, enfant, quittait tous les matins pour aller à l’école à plusieurs kilomètres de là, Kafr-El Meselha est depuis devenu un gros faubourg de la ville de Chibin el-Kom, dans le delta du Nil. Une photo de l’ex-président pointant du doigt la direction de l’école portant son nom a été taguée. A proximité, quelqu’un a gribouillé sur un mur «L’Islam est la solution» – le slogan du mouvement d’opposition des Frères musulmans, bête noire du régime Moubarak. Mais les habitants de Kafr-El Meselha le jurent: leurs griefs à l’égard de l’ex-président n’ont rien à voir avec la religion. Ici comme à travers l’Egypte, «tout le monde a souffert de la même façon», souligne M. Nabawi. «Je ne vais pas mentir, certains ici ont été attristés de le voir partir de cette manière. Ils pensent que sa dignité, c’était un peu la leur. Mais les jeunes, eux, ne se disent pas «il est d’ici». Ils veulent juste des libertés», affirme Mohammed al-Chirbani, un instituteur. Né en 1928, Hosni Moubarak a quitté son village pour intégrer l’académie militaire. Le début d’une brillante carrière d’officier qui l’a mené à la tête de l’armée de l’Air, puis à la présidence d’Egypte en 1981. Mais il n’est jamais revenu à Kafr-El Meselha, se plaignent les habitants. «Il n’avait pas de racines ici», estime M. Chirbani. En 2005, le raïs a annoncé sa candidature à sa propre succession dans la ville voisine de Chibin el-Kom. Mais il s’est tenu à distance de Kafr-El Meselha.D’après les habitants, Moubarak était froid et imposant, comme sur la grande fresque à sa gloire dans la salle municipale Hosni Moubarak, près de l’école Hosni Moubarak et à deux pas de la rue Hosni Moubarak. «Moubarak a mené sa vie comme un pilote, toujours dans les hautes sphères et loin des gens en-dessous de lui. Tout ceci ne serait pas arrivé s’il n’avait pas été aussi distant», explique M. Nabawi. En matière de fidélité à sa terre, M. Moubarak était très différent de son prédécesseur Anouar el-Sadate, qui s’était fait construire une villa sur son lieu de naissance et s’y rendait régulièrement. Cousin de Moubarak habitant toujours en ville, le parlementaire Amin Moubarak assure que l’ancien dirigeant était trop occupé pour venir et qu’il détestait le clientélisme. «Nous sommes une famille respectable. Nous n’avons jamais rien fait de mal, et il n’y a aucun voleur parmi nous», affirme-t-il. D’autres rejettent l’idée selon laquelle Hosni Moubarak était trop intègre pour aider son propre village, où la plupart des rues ne sont pas pavées. «Regardez ce qu’il a fait pour ses enfants!», s’exclame Emad Salah. «Un homme qui a fait tant pour enrichir sa famille aurait au moins pu faire quelque chose pour ses anciens voisins», suggère-t-il. Les fils de Moubarak, Gamal et Alaa, sont à la tête d’une fortune décrite comme considérable, et Gamal était pressenti pour succéder à son père. Maintenant que Moubarak a quitté le pouvoir, les habitants de Kafr-El Meselha confessent avoir toujours préféré un autre enfant du pays, Abdel Aziz Fahmy, un avocat nationaliste du début du XXème siècle. «Un jour, une femme est venue le voir en lui disant : «Je suis désespérée, je n’ai rien». Mais elle avait une mule. Alors Fahmy lui a donné du travail à la poste. Moubarak, lui, ne s’est jamais identifié à nous», raconte M. Chirbani.

  Samer Al-Atrush (AFP)

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