Égypte-élections : la percée des islamistes

Égypte-élections : la percée des islamistes

Les élections législatives en Egypte se sont terminées mercredi dernier dans la violence. Plusieurs incidents ont marqué cette troisième phase des élections. Bilan : huit morts selon l’Organisation égyptienne des droits de l’Homme. D’après cette organisation, ces décès sont survenus lors d’affrontements avec les forces de sécurité «qui entouraient un certain nombre de bureaux de vote pour empêcher les électeurs de voter».
Ce bilan, le pire des six jours électoraux, porte à dix le nombre de morts, depuis le début, le 9 novembre, du long mois des législatives marqué par une percée historique des Frères Musulmans.
Le ministère de l’Intérieur a confirmé un mort à Damiette, l’attribuant à une fusillade entre partisans de candidats rivaux de ce port situé à 200 km au nord du Caire, alors que les Frères Musulmans et l’OEDH en faisaient porter la responsabilité à la police.
Cinq autres Egyptiens ont aussi trouvé la mort – quatre par balles et un par arrêt cardiaque après inhalation de gaz lacrymogène – dans des heurts mettant aux prises électeurs frustrés, souvent islamistes, aux forces de l’ordre.
Une guérilla a ainsi opposé des dizaines d’électeurs pro-islamistes lapidant une cinquantaine de policiers qui leur répliquaient par des volées de grenades lacrymogènes à al-Aziza, dans le delta.
Plusieurs centres de vote étaient bouclés par la police dans les localités de Quelline, Qouna et Al-Manchiya, al-Kebiran, dans le delta, ou encore à el-Arich, au nord du Sinaï, rapporte l’AFP.
À l’issu de ces élections, le parti du président Hosni Moubarak (PND) gardera la mainmise sur l’Assemblée égyptienne. Il devra cependant faire face à la plus forte opposition parlementaire islamique de l’histoire de l’Egypte. Avec 323 députés, en tenant compte du ralliement d’indépendants, le PND a remporté 73 % des sièges, soit plus de la majorité des deux-tiers qui lui permet de verrouiller l’Assemblée du peuple. Sur les 454 députés du Parlement, 444 sont élus, et 10 sont nommés par le président Moubarak. Le taux de participation moyen au cours des législatives serait d’environ 25 %, sur la base des premières estimations.
Le PND a eu 111 élus lors de l’ultime phase et la plus violente du long mois des législatives commencées le 9 septembre, selon ces résultats officieux annoncés au compte-gouttes jeudi par la commission électorale.
Sans atteindre le seuil symbolique des cent députés, les Frères Musulmans, dont le slogan est "l’Islam est la solution", ont affirmé avoir remporté 88 sièges (20%), six fois plus que dans la chambre actuelle, un record historique !
Jamais la confrérie interdite, mais tolérée, n’aura eu un telle représentation parlementaire en Egypte, le pays arabe le plus peuplé avec 72 millions d’habitants. «Nous serons l’opposition la plus forte au PND», a déclaré le porte-parole de la confrérie, Essam al-Arayne, pour qui l’important pour les législatives de 2005 était «la participation, pas la victoire», et la conquête du pouvoir.
Le courant non islamiste sort laminé de ces législatives, avec seulement onze élus, victime de sa division alors qu’il avait formé en octobre un "front uni" avec les libéraux du néo-Wafd, marxistes du Tagammou ou Nassériens.

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