Ehud Barak à la rescousse de Sharon

Dans un entretien avec le quotidien français «Libération», publié lundi, Ehud Barak pense « personnellement qu’Arafat ne changera jamais, qu’il ne reconnaîtra jamais le droit des Juifs à avoir leur propre Etat ». Il déclare également ne pas croire aux efforts déployés par le leader palestinien pour aboutir à un cessez-le-feu. Et d’ajouter que «si l’on était en Scandinavie, j’y croirais. Ici (en Israël), non. Arafat ment effrontément. Par le passé, Arafat a dû promettre au moins 80 cessez-le-feu. Cela n’a jamais marché».
L’homme qui a occupé la Primature entre juillet 1999 et février 2001 s’est par ailleurs dit convaincu du remplacement un jour du Président palestinien, estimant qu’il y avait deux possibilités: «soit l’arrivée au pouvoir d’un mouvement extrémiste comme le Hamas ou le Jihad islamique, ce qui fera que la situation sera bien pire et, en même temps, le monde entier comprendra enfin à qui nous avons affaire. Ou alors la montée en puissance de la nouvelle génération». Ce faisant, Barak ne se démarque pas d’un iota de la politique du Premier ministre Ariel Sharon. On aurait même pu prêter à ce dernier les paroles prononcées par son prédécesseur. Dans le même ordre d’idées, il suggère une stratégie en trois points : «d’abord combattre la terreur par tous les moyens, assassinats ciblés, incursions … ce que fait déjà ce gouvernement. Ensuite laisser la porte grande ouverte à la reprise des négociations, n’importe quand et sans préconditions sur la base de Camp David et non de Taba, qui n’était pas vraiment une négociation». Un avis qui en vaut un autre. Mais qui en dit long sur la « sincérité»
-passée et présente- de Barak. Et le meilleur pour la fin : «puisqu’on a pas trouvé de partenaire avec qui signer un accord, je suggère que l’on relance le projet de séparation unilatérale dans les quatre ans qui viennent. Cela consisterait à ériger 800 km de barrières entre Israël et la Cisjordanie, sur le mode de ce qui a été fait autour de la bande de Ghaza, afin d’empêcher les terroristes de venir perpétrer des attaques en Israël». Encore l’option «sécuritaire» de Sharon !
Le sommet de Camp David, qui a eu lieu en juillet 2000 avait soulevé de gros espoirs.
Pour la première fois, Israéliens et Palestiniens avaient alors tenté de régler les problèmes de fond : Al-Qods, les frontières du futur Etat palestinien, le sort des colonies juives, la question des réfugiés palestiniens. Les deux parties s’étaient toutefois séparées sans même un communiqué commun. Aucun accord formel n’avait été conclu au terme de six jours de pourparlers intensifs à Taba fin janvier, mais des progrès avaient été réalisés.
Sharon avait toutefois exclu, dès février, toute reprise des négociations avec les Palestiniens «sur la base de ce qui a été discuté» à Taba. Si l’on ajoute à cela toutes les tracasseries dont est victime Yasser Arafat, à l’image de tous les Palestiniens, l’année 2002 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour ce peuple persécuté.

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