Eric Woerth, un Premier ministrable inattendu

Eric Woerth, un Premier ministrable inattendu

Même si sous prétexte de ne pas rajouter de la cacophonie à de l’incohérence, l’exécutif français dépense une incroyable énergie à la cacher, la course à la succession de François Fillon au poste de Premier ministre, à Matignon est déjà lancée. Qui, pour prendre le fauteuil de François Fillon et seconder Nicolas Sarkozy dans la seconde phase de son mandat, celle-là même où se construit, avec la délicatesse d’un orfèvre et la force manœuvrière d’un Machiavel, l’ensemble de sa stratégie pour reconquérir le cœur et le confiance des Français ?
Il est vrai que si la question est posée directement à François Fillon, il se ferait un malin plaisir à renvoyer l’impertinent à ses chères études avec le dédain que lui autorise la hauteur de la fonction et s’offrirait même le  luxe de rêver à haute voix à un quinquennat complet. Sauf que là, Nicolas Sarkozy, capitaine du navire, n’a plus réellement le choix. Un nouveau souffle suppose une nouvelle architecture, un nouveau bateau et un nouveau moussaillon.
Les noms qui se bousculent pour prendre d’assaut la fonction de Premier ministre ne brillent pas tous par leur côté inédit ou surprenant. Après avoir vécu la phase de Xavier Bertrand, actuel patron de l’UMP, longtemps présenté comme le dauphin attitré de Nicolas Sarkozy, cette parenthèse semble se fermer en douceur. L’homme était victime d’une ambition trop précipitée et trop dévorante pour la cadence admise. Sans parler du cercle de ses ennemis qui a vu son diamètre prendre une dangereuse tangente. L’autre nom qui revient souvent dans le microcosme est celui de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur. La passion qu’avait mise Nicolas Sarkozy à le sortir du bourbier du racisme ordinaire dans lequel  il s’était enfermé témoigne de la précieuse importance qu’il lui accordait. D’ailleurs, Brice Hortefeux est en train de tout faire pour confirmer sa tendance de Premier ministrable, notamment avec ses réunions régulières place Beauvau avec des parlementaires et des réseaux d’influence. Brice Hortefeux semble pour Nicolas Sarkozy la solution de recours au cas où les autres hypothèses bloquent. Bien  entendu, il y a d’autres noms qui circulent comme Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, Christine Lagarde ministre de l’Economie et des Finances, Luc Châtel, ministre de l’Education et même Eric Besson, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Mais le nom qui commence à briller d’un feu particulier est celui d’Eric Woerth, ministre du Budget, un clone d’Alain Juppé avec son imposante calvitie, avec le débit de parole, la détermination et la nervosité mécanique d’un Xavier Bertrand.  
Eric Woerth, traditionnellement discret et transparent à l’ombre de la grande prêtresse de l’économie française qu’est devenue Christine Lagarde, a récemment multiplié les apparitions médiatiques. Il est celui qui est sorti récemment de manière fracassante dans l’actualité en menaçant ouvertement de poursuivre d’une impitoyable vengeance fiscale les Français qui détiennent des comptes secrets dans des paradis fiscaux. L’homme a même déclaré détenir une liste de trois mille mauvais contribuables, semant ainsi la terreur dans les quartiers chic des villes et les banlieues résidentielles des campagnes.
Eric Woerth n’avait pas attendu cet épisode de la chasse ouverte à l’argent caché pour montrer qu’il est foncièrement et économiquement sarko-compatible.  Déjà, lorsqu’il occupait les fonctions de secrétaire d’Etat à la Réforme dans le gouvernement Raffarin III entre 2004 et 2005, il fut l’homme politique chargé d’appliquer la règle très impopulaire du non remplacement de la moitié des fonctionnaires partant à la retraite.
Eric Woerth possède par ailleurs cette allure naturelle d’un grand expert-comptable, amoureux des chiffres. Le fait qu’il soit, malgré ses nombreux mandats électifs, aussi spontanément démuni de cette âme politique qui crée de la concurrence et de la jalousie et même de l’envie, peut-être son formidable atout pour seconder Nicolas Sarkozy… à un moment où ce dernier n’a besoin ni de dissonances capricieuses ni d’états d’âme.

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