Espagne : le faux pas de l’ETA

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, l’a annoncé : «le gouvernement rompt tout dialogue avec l’ETA». Une décision qui n’a pas surpris l’opinion publique espagnole tellement elle était prévisible depuis que l’ETA avait violé la principale condition que lui avait imposé l’exécutif avant d’entamer les négociations : plus d’attentats, plus de chantages et plus de trafic d’armes et d’explosifs.  
Outre cette violation de la trêve, le gouvernement Zapatero n’a fait que céder à la pression populaire. Dimanche dernier, à Madrid ainsi que dans d’autres villes espagnoles, des dizaines milliers de personnes ont manifesté contre l’attentat perpétré par l’ETA et l’attitude du gouvernement face à cet acte terroriste. Les manifestants dont faisaient partie l’Association des victimes du terrorisme et l’opposition conservatrice du Parti Populaire, désiraient mettre l’exécutif espagnol sous pression.
Le lendemain, les protestataires ont eu gain de cause. «Des actes comme hier (samedi) montrent une fois de plus que tout ce que l’ETA veut, c’est tuer», a lancé Francisco José Alcaraz, président de l’Association des victimes des attentats terroristes de l’organisation basque. Il a également dénoncé l’attitude du gouvernement central estimant que José Luis Rodriguez Zapatero devrait avoir le «courage» d’abandonner totalement le processus de paix avec les séparatistes, et pas seulement de le suspendre, comme annoncé samedi. Les pourparlers concernant le processus de paix entre l’Etat espagnol et l’ETA sont «rompus, liquidés, terminés». Tel est le contenu de la déclaration faite par le gouvernement Zapatero après l’attentat du samedi qui a eu pour scène l’aéroport de Madrid.
Les séparatistes basques n’ont pas encore revendiqué l’opération. Mais l’un des auteurs anonymes des appels téléphoniques annonçant l’attaque s’était présenté comme un membre de l’ETA. L’attaque terroriste a fait 19 blessés et deux disparus, des Equatoriens. Parmi les décombres du parking dévasté de l’aéroport de Madrid, les pompiers n’ont toujours pas retrouvé leurs corps. Ces derniers sont les premières victimes enregistrées dans des attentats de l’ETA depuis mai 2003. En réponse a cette acte terroriste, le procureur général espagnol a promis une réponse «énergique et tranchante». Pour sa part, le gouvernement espagnol, compte consulter tous les groupes parlementaires dans le but de concevoir une stratégie commune face à cette nouvelle donne.
Malgré cette initiative du gouvernement Zapatero, le principal parti de l’opposition qui a toujours rejeté le dialogue entamé par les socialistes avec les activistes basques exige que ce soit le chef du gouvernement espagnol qui annonce personnellement la rupture du dialogue. «Nous en appelons au président du gouvernement pour qu’il fasse une déclaration formelle de rupture des négociations avec les terroristes, qu’il dissipe tous les doutes qu’il a laissé planer faisant croire qu’il ne rompt pas mais seulement suspend le processus», a réclamé le secrétaire aux libertés publiques du PP, Ignacio Astarlao.  Ainsi le Premier ministre espagnol se voit-il contraint de renoncer à une de ses priorités de son mandat: le règlement pacifique de la question basque.
Les séparatistes basques avaient décrété un « cessez-le-feu » unilatéral, le 26 mars 2006. Cette trêve a pu avoir lieu grâce à une politique mesurée de dialogue et de concertation entreprise par le Premier ministre, José Luis Rodriguez Zapatero, et son ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, spécialiste du dossier basque. Ce «cessez-le-feu» unilatéral a, toutefois, été marqué par des actions de chantage de la part du groupe indépendantiste basque contre quelques chefs d’entreprise, en Euskadi et surtout en Navarre.

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