Événement : Israël liquide Cheikh Yassine

Événement : Israël liquide Cheikh Yassine

Il venait de faire sa prière d’As-Sobh. Entouré de ses gardes du corps et de plusieurs de ses disciples, Cheikh Ahmed Yassine s’apprêtait à quitter la mosquée, serein comme il l’a toujours été. C’est à ce moment là qu’un raid mené par des hélicoptères de l’armée israélienne a été déclenché sur Gaza. La cible n’était autre que le chef spirituel du Mouvement de la résistance islamique, le Hamas. Une cible ratée à plusieurs occasions auparavant, mais pas cette fois-ci. Cheikh Yassine est mort sur le champ, martyre comme il l’aurait certainement souhaité. Lui, dont ni l’âge, 67 ans, ni l’handicap n’ont entamée la détermination à combattre l’occupation de la Palestine. Une vie entière au service de la « cause », partie littéralement en éclats, en débris à l’image de son fauteuil roulant ensanglanté dont les caméras des télévisions en ont reflété les images. Dans le raid, et comme il ne suffit pas à Israël d’abattre un seul homme, au moins sept autres personnes, dont deux gardes du corps, sont mortes.
Ceci, sachant que, et d’après des témoins oculaires cités par l’agence Reuters, le cheikh avait été touché par le premier missile. « J’ai regardé si je voyais le cheikh Yassine. Il gisait sur le sol et sa chaise roulante était détruite. Les gens couraient dans tous les sens. Puis deux autres missiles sont tombés », a déclaré un témoin. Ahmed Yassine est le dirigeant palestinien de plus haut rang tué par Israël depuis le début de la seconde intifada il y a plus de trois ans, en septembre 2000. Sa mort vient envenimer une situation déjà catastrophique dans les territoires occupés. Des territoires dont le quotidien est marqué par les actes d’agression et les manifestations de l’arrogance israélienne. Israël où l’heure est à la jouissance.
L’armée israélienne a confirmé avoir tué Ahmed Yassine, le rendant « personnellement responsable de dizaines d’attentats terroristes ». C’était après qu’elle avait bouclé la Cisjordanie et la bande de Gaza, interdisant à tout Palestinien des territoires de pénétrer en Israël. Selon la radio israélienne, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a ordonné personnellement la frappe sur Yassine, de son ranch situé dans le désert du Neguev. Sharon n’a d’ailleurs pas hésité à tirer fierté de son acte, allant jusqu’à féliciter les forces de sécurité israéliennes pour le raid aérien. « L’Etat d’Israël a frappé ce matin le premier des assassins et terroristes palestiniens », a affirmé Sharon dans une première et très brève réaction à l’assassinat du Cheikh qui représente, au goût du Premier ministre israélien, «la quintessence de l’idéologie de cet homme était l’assassinat et le meurtre, des juifs, où qu’ils soient, et la destruction de l’Etat d’Israël».
Mais l’heure de la vengeance ne manquera pas de sonner. Par milliers, des Palestiniens ont convergé vers le site ou cet abominable et criminel assassinat, une preuve s’il en faut du terrorisme d’Etat qu’exerce Israël.
Tous criaient à la revanche. « Le cheikh est mort, le cheikh est mort », répétaient des hommes armés et des militants du Hamas rassemblés sur les lieux. « Le cheikh Ahmed Yassine repose en paix. Ils ne goûteront jamais au repos. Nous enverrons la mort dans chaque maison, dans chaque ville, dans chaque rue d’Israël », criaient les militants du Hamas par haut-parleurs dans les rues de Gaza. L’assassinat de Yassine donne le signal d’une guerre ouverte entre Hamas et Israël, a déclaré Abdelaziz Rantissi, dirigeant politique du mouvement radical. Les brigades des martyrs d’Al Aksa, autre groupe armé affilié au Fatah de Yasser Arafat, ont promis de mener la « guerre aux fils de Sion ».
Un appel à la grève générale a également été lancé des mosquées. Les écoles et magasins de Gaza ont fermé spontanément à l’annonce du décès de Yassine et des dizaines de milliers de Palestiniens sont sortis dans les rues. Une protestation qu’a appuyée le Premier ministre palestinien Ahmed Koreï qui a condamné un acte « insensé et très dangereux, qui ouvre grand la porte au chaos…Yassine est connu pour sa modération et il contrôlait le Hamas. C’est par conséquent un acte lâche et dangereux ». Lâche, dangereux, cet acte ne fait que confirmer la décision annoncée par Israël de lancer de nouveaux assassinats ciblés de dirigeants « radicaux » palestiniens en réponse aux deux attentats suicide d’Ashdod, qui ont fait 10 morts il y plus d’une semaine.
Le cheikh Yassine avait été légèrement blessé lors d’une première tentative d’assassinat ciblé en septembre à Gaza.
Alliés inconditionnels d’Israël, les Etats-Unis n’avaient pas été informés à l’avance qu’Israël se préparait à assassiner le fondateur et guide spirituel du Hamas, Cheikh Yassine, selon les dires de la conseillère de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice. «Nous voulons demander à tout le monde de faire une pause et ne rien faire qui puisse empêcher l’avènement de jours meilleurs», s’est contenté de dire Mme Rice.
Une demande à laquelle il est plutôt insensé de faire adhérer les Palestiniens. «Toute la Palestine va se transformer en volcan», a déclaré le cheikh Ismael Hamiyah aux journalistes en sortant de la morgue où il a vu le corps de Yassine. « Nos sentiments (…) sont pleins de colère et de désir de vengeance. » Et pour cause. Plus qu’un leader spirituel, Cheikh Yassine est un symbole de la résistance palestinienne. Paralysé depuis un accident survenu dans son enfance et partiellement aveugle, il avait été condamné en 1989 à la perpétuité pour avoir fondé le Hamas et incité les Palestiniens à attaquer les Israéliens. Mais Israël avait dû le relâcher en 1997 en signe de bonne volonté auprès du roi Hussein de Jordanie après l’échec d’une tentative d’assassinat en Jordanie d’un autre leader du Hamas, Khaled Machal. Le fondateur et chef spirituel du mouvement islamiste Hamas n’est pas le premier Palestinien à avoir été éliminé par Israël. Avant lui, l’armée israélienne avait éliminé ou tenté d’éliminer plusieurs dirigeants du Hamas et de sa branche armée, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, depuis le début de l’Intifada, fin septembre 2000. Elle a également mené des opérations ciblées contre le Jihad islamique, l’autre mouvement islamiste palestinien.

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