Face à la crise, les Saoudiennes ont des chances de travailler

La crise économique qui frappe l’Arabie saoudite a relancé le débat sur le travail des femmes, autorisé mais limité, et obligé les éléments les plus conservateurs du régime à revoir leur opinion sur la question, déclare un responsable du gouvernement saoudien. Faisal bin Mouammar, chef d’un organisme chargé de promouvoir «le dialogue national», a déclaré que le fort taux de chômage en Arabie saoudite, conjugué à la dépendance de l’économie saoudienne envers les sept millions de travailleurs étrangers, était en train de forcer la main aux opposants les plus farouches au travail des femmes. Le débat sur le travail des femmes a ainsi progressé ces dernières semaines dans le royaume wahhabite où l’on s’interroge désormais sur la mixité au travail et la nécessité, ou non, pour les entreprises de créer des espaces fermés réservés aux femmes. «La plupart sont d’accord pour ouvrir en grand l’accès du travail aux femmes, d’autant que les filles sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes à l’université. Nous ne pouvons pas continuer avec sept millions de travailleurs étrangers et nos femmes diplômées à la maison », a déclaré Mouammar dans un entretien accordé ce week-end à Reuters. «Mais la question est de savoir comment instaurer (le travail des femmes), si elles doivent travailler dans des espaces séparés ou mixtes. Nous devons établir des règles pour cela». L’Arabie saoudite est l’un des pays les plus conservateurs au monde, où les puissantes instances religieuses imposent un tutorat des hommes sur les femmes, leur interdisent d’apparaître en public en compagnie d’hommes qui ne sont pas des proches, et les privent du droit de conduire. Cette ségrégation coûte cher au pays. Des milliers d’expatriés sont par exemple employés comme simples chauffeurs pour pallier l’interdiction de conduire visant les femmes. À l’occasion d’un forum qui réunissait le mois dernier des imams, des ministres et des femmes d’affaires, un groupe de femmes, réunies dans une pièce séparée afin d’être entendues sans êtres vues, ont fait valoir que les entreprises devraient leur garantir certains services supplémentaires, notamment le transport, étant donné les règles en place.
«L’Arabie saoudite a cela de particulier que (…) la plupart des changements et développements ont été initiés par le gouvernement et c’est la société qui y résiste parfois», estime Mouammar. L’Arabie saoudite n’a pas de partis politiques ou de parlement élu. Le pouvoir appartient à la famille Al Saoud, dont les décisions sont avalisées par les imams qui appliquent la charia.


• Andrew Hammond (Reuters)

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