Fadela Amara, la ministre au langage fleuri

Fadela Amara, la ministre au langage fleuri

Quand Nicolas Sarkozy avait intégré Fadela Amara dans son casting gouvernemental, l’intention lui a été clairement prêtée de vouloir confier la gestion politique et symbolique des banlieues, territoires qui venaient de connaître de larges excès de fièvre, à une femme de poigne, connue pour son discours politiquement incorrect depuis qu’elle avait lancé l’association «Ni putes Ni soumises». Fadela Amara était alors une femme de gauche dont le ralliement à la Sarkozy triomphante a fait plus jaser dans les cénacles que la conversion d’un Bernard Kouchner déjà en rupture consommée, quoi qu’encore invisible avec sa propre famille politique.
Fadela Amara n’a pas trop tardé à marquer son identité et son territoire. Look constamment ébouriffé, trahissant autant une modestie feinte qu’un mauvais goût que les mauvaises langues diraient atavique, elle avait émerveillé les médias par son langage original, celui d’une banlieusarde branchée et sanguine. Ses débuts sous les lambris de la République avaient les allures d’une success story. Voilà, se disent les âmes charitables, l’occasion pour que tous ceux qui se sentaient marginalisés et exclus, de se retrouver au cœur de l’expression politique publique. Et des mots aussi lourds et chargés fusent à volonté : revalorisation d’une identité, réappropriation d’un espace, reconnaissance d’une manière d’être et de parler. Il faut dire que Fadela Amara, «étroitement» soutenue par Nicolas Sarkozy et François Fillon jusqu’à la priver des ses effets d’annonce, se préparait à dévoiler son grand plan «Espoir banlieue» destiné à reconstruire, à travers de nombreux investissements, une identité cassée par des années de crise, de marginalisation et d’insécurité.
Mais à l’image du «Grenelle de l’environnement» dont les effets d’annonce se sont évaporés au fil des jours et des blocages législatifs, la plan du gouvernement chargé de dynamiser les banlieues n’a pas assouvi toutes les attentes. Fadela Amara fut ainsi chargée de vendre à une opinion de plus en plus sceptique, l’effet placebo d’une thérapie là où il aurait fallu un traitement de choc.
De cette période, datent les débuts de sa mésentente publique avec sa ministre de tutelle, Christine Boutin ministre du Logement et de la Ville. D’ailleurs, la formation de ce duo Amara-Boutin n’était pas pour déplaire aux caricaturistes par son originalité. Adjoindre à Christine Boutin, une catho de droite affirmée, conservatrice sur toute la ligne, opposée à l’avortement, à l’euthanasie et au PACS, Fadela Amara, une ancienne libertaire à gauche, permissive à souhait avant la parenthèse gouvernementale, était un exercice de haute voltige politique.
Fadela Amara est aujourd’hui au cœur d’une polémique suite à son commentaire sur les siffleurs de la Marseillaise au Stade de France. La blogosphère l’accuse d’avoir affirmé sur la chaîne France 2 qu’il «fallait donner un coup de Destop (le Destop étant une marque de produit chimique pour déboucher les toilettes et la tuyauterie bouché)». Fadela Amara s’insurge contre «des propos volontairement détournés dans le but de nuire ». Et elle précise : « j’ai parlé d’un coup d’estoc et non pas d’un coup de Destop (…) Pour m’exprimer, j’ai utilisé une métaphore sportive désignant un coup porté par la pointe. L’estoc est un terme d’escrime employé pour définir la manière de toucher juste».
Malgré ses nombreuses maladresses et un bilan des plus mitigés, Fadela Amara reste une valeur médiatique pour de nombreux politiques. Elle était parmi les rares invités de Mme Carla Bruni Sarkozy lorsque Michel Denisot avait confié à cette dernière, en septembre dernier, la rédaction en chef de son grand journal sur Canal +. Elle entourait, parmi un gotha prestigieux, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner lors de l’émission «Vivement dimanche» que lui consacrait hier dimanche sur France 2 Michel Drucker.

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