Fidel Castro revient sur scène

Fidel Castro a effectué un retour spectaculaire au premier plan en multipliant dernièrement rencontres et interventions, volant la vedette à son frère et successeur Raul. En dix jours, l’ancien président cubain, montré à la télévision pour la première fois depuis janvier, a rencontré deux chefs d’Etat amis, un haut dirigeant chinois et signé trois interventions d’affilée sur internet, relançant les spéculations sur son rôle réel depuis sa retraite médicale.
Sur la scène internationale, il n’a pas hésité à couper l’herbe sous les pieds de la diplomatie cubaine en faisant part dès vendredi dernier de son «mépris» pour la décision de l’Europe de lever les sanctions contre Cuba, une «énorme hypocrisie» à ses yeux, avant même que La Havane n’émette un avis.
Et de prévenir: «J’ai beaucoup de choses à dire. Je ne veux pas importuner, mais je vis et je pense.»
«On dirait qu’il n’y a pas unanimité au sein du gouvernement. L’UE a tendu une main à Raul pour soutenir les changements, mais ça n’intéresse pas les plus durs» du régime, a commenté l’économiste dissident Oscar Espinosa, tandis que les diplomates européens, un brin perplexes, attendaient une réaction officielle en bonne et due forme.
Ce faisant, Fidel Castro est pourtant dans son rôle : en renonçant au pouvoir le 19 février, il avertissait qu’il se faisait «soldat des idées». Et le 24, dans son discours d’investiture devant l’Assemblée, Raul Castro faisait voter le principe d’une consultation systématique de son aîné sur à peu près tous les sujets.
«Qu’est-ce que je fais? Je réunis des informations et des données et j’apporte à la direction du Parti et de l’Etat mes analyses sur les problèmes les plus aigus de la situation internationale», a dit mardi Fidel Castro à un visiteur chinois, He Guoqiang, membre de la haute direction du Parti communiste, selon un communiqué qui occupait les deux tiers de la première page de Granma mercredi.
Aucune nouvelle mesure n’est venue donner suite aux premiers changements impulsés par Raul Castro, qui a promis d’alléger le fardeau des contraintes bureaucratiques pesant sur la société cubaine. Quelques semaines après son arrivée à la présidence, Raul Castro semblait pourtant avoir enclenché une dynamique réformatrice, libérant par exemple la vente au public des ordinateurs ou l’accès à la téléphonie portable.

• Patrick Lescot (AFP)

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