France : Bernard Kouchner en tournée au Proche-Orient

France : Bernard Kouchner en tournée au Proche-Orient

Les apparences ne le disent pas aussi clairement. Mais la tournée proche orientale que vient d’entamer, hier lundi, le ministre français des Affaires étrangères constitue pour lui, à n’en pas douter, un des premiers exercices de libération et d’épanouissement de l’oppressante tutelle de l’Elysée. Le chef de la diplomatie française s’est donné le luxe d’une semaine ouvrable pour aller vérifier sur le terrain les opportunités de la paix entre Palestiniens et Israéliens à la veille de la fameuse rencontre internationale prônée par les Américains, les progrès du dialogue libanais initié sous la houlette de la France à la Celle-Saint-Cloud et éventuellement s’enquérir de l’état d’esprit des dirigeants syriens face à la nouvelle donne régionale même si aucun déplacement officiel n’est programmé sur Damas.
L’étape israélo-palestinienne sera sans conteste la plus attractive du périple de Bernard Kouchner pour deux raisons principales : la première est qu’il s’agit de sa première visite à l’Etat hébreu depuis qu’il a pris ses fonctions au Quai d’Orsay, la seconde est que la crise entre Israël et les Palestiniens semble être un des rares sujets sur lesquels la religion de Bernard Kouchner semble être faite. Il vient de la résumer au quotidien israélien Yediot Aharonot  : «Voici longtemps que je m’évertue à convaincre les deux parties de la nécessité de deux Etats, l’un à côté de l’autre. Tous les membres de votre gouvernement, et même monsieur Netanyahou, sont conscients de cette nécessité. Alors, qu’attend-on? Pourquoi Israël ne proclame-t-il pas qu’il est prêt à reconnaître un Etat palestinien?». Dans le chapitre des inaugurations à forte résonnance politique, Bernard Kouchner profitera de ce voyage pour lancer le centre culturel français «Chateaubriand» à Jérusalem Est. Les médias et les politiques israéliens seront très attentifs aux petits gestes et aux grandes phrases de Bernard Kouchner destinés à faire oublier la réputation et la suspicion pro-arabe de la France, résidus de l’ère Chirac.
La vie de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Depuis qu’il a tourné le dos à sa famille socialiste en succombant aux sirènes séductrices de l’ouverture de Nicolas Sarkozy, il s’est transformé en stand de tir favori de la rue de Solferino, siège du Parti socialiste. Les accusations « d’amateurisme » pleuvent de partout lorsqu’il se prend les pieds dans le puzzle irakien. Bernard Kouchner avait, dans une interview à «Newsweek», réclamé, en des termes crus, la démission du Premier ministre Nouri El Maliki et son remplacement par l’un des vice-présidents irakiens, le Chiite Adel Abdoul Mahdi. Ce qui avait entrainé une réaction éruptive du gouvernement irakien : «Le ministre français des Affaires étrangères a réclamé la chute de ce gouvernement et la formation d’un nouveau. Nous ne pouvons pas qualifier cela de diplomatique. Nous invitons le gouvernement de la France, et pas le ministre, à présenter des excuses». Bernard Kouchner s’était fondu d’une bafouille qui fait de son prochain voyage à Bagdad une perspective lointaine.
Il fut présenté comme le dindon de la farce dans l’affaire des infirmières bulgares et le docteur palestinien libérées, entre autres, par l’activisme très privé du trio élyséen Nicolas et Cecilia Sarkozy et le secrétaire général, l’omniprésent Claude Guéant. L’opposition socialiste avait raillé la marginalisation du chef de la diplomatie française dans une affaire qui relève par essence de sa propre compétence. Seul lot de consolation pour Bernard Kouchner, le sort peu enviable du chef de gouvernement François Fillon qui, écrasé par la personnalité dynamique du président de la république, se voit cantonné au rôle de super directeur de cabinet.  À plusieurs reprises, le président Nicolas Sarkozy s’est trouvé obligé de voler au secours de son ministre des Affaires étrangères et de lui manifester une solidarité et une confiance appuyée. B. Kouchner se défend contre la charge de ses anciens amis comme il peut : «Je porte (sur le PS) un triste regard de socialiste, de social-démocrate que je suis toujours (…) Il y a un problème de conservatisme, de vieilles idées, d’absence d’idées nouvelles, il y a un problème d’adaptation au temps, il y a un problème de recherche du pouvoir chez des gens qui ne le méritent pas tous ».

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