France : Ces petites phrases assassines

En matière d’insécurité, «la naïveté n’est pas une excuse. (…) C’est une faute», a déclaré mercredi le président candidat Jacques Chirac, dénonçant ainsi la «lourde responsabilité» du gouvernement Jospin. Ce à quoi le principal intéressé répond le lendemain que les Français ne doivent pas être «abusés une seconde fois» (référence à l’élection de 1995) par M. Chirac qu’il accuse « d’exploiter le thème de l’insécurité» et le taxe de «cynisme».… Contre-attaque de taille appuyée par les lieutenants du candidat socialiste. Jacques Chirac est ainsi «inconstant», «incohérent» et «inconsistant» selon le porte-parole de M. Jospin, Dominique Strauss-Kahn. Discours visé: celui sur la loi de programmation militaire 2002-2006, «préparée, proposée et approuvée par Jacques Chirac en tant que président de la République», et révisée par le candidat Chirac en faveur d’une augmentation du budget de la Défense.
Une analyse sur la « volte-face» qui ne convainc semble-t-il pas le député RPR « scandalisé» Pierre Lellouche, jugeant jeudi matin «irresponsable» de «critiquer le chef des armées au moment où nous engageons la vie de nos soldats» en Afghanistan. Et d’ajouter: «à la naïveté s’ajoutent l’irresponsabilité et le mensonge». Avis partagé par Patrick Devedjian (RPR) qui dénonce un Premier ministre «qui donne des leçons de morale à tout le monde».
Le président (UDF) de l’Union en mouvement, Renaud Dutreil, va même encore plus loin et compare le leader socialiste à un personnage des «Misérables» (Victor Hugo). «De plus en plus, Lionel Jospin ressemble à l’inspecteur Javert, à la fois intransigeant et enfermé dans ses certitudes»…
Ce même jeudi, Jacques Chirac déclare pour sa part qu’«il y a un abîme» entre «l’idée» que M. Jospin et lui-même se font «de la France et de la politique qui doit être conduite», et refuse «un combat de personnes » avec le Premier ministre. Un peu tard… Les camps chiraquiens et jospiniens excellent en effet dans les petites phrases assassines. Ils sont toutefois loin d’en avoir l’exclusivité. Le «troisième homme», Jean-Pierre Chevènement s’attaque ainsi à la «berlusconisation » des temps d’antenne accordés aux deux principaux candidats dans les journaux télévisés. Il entend aussi se démarquer définitivement du camp socialiste : «je ne roule ni pour Chirac ni pour Jospin», a-t-il ainsi lancé mardi soir, je ne suis candidat à aucun autre poste que celui de président ».
Et dans ce brouhaha politique, le leader d’extrême droite Jean-Marie Le Pen ne pouvait certes pas rester à l’écart. En manque de signatures-parrainages nécessaires à sa candidature, il a en effet accusé le camp chiraquien d’exercer des pressions sur les maires pour qu’ils lui retirent leur soutien. Et en l’empêchant de se présenter, les chiraquiens signeraient ainsi «leur arrêt de mort».
Ceci dit, les piques verbales n’épargnent pas non plus les épouses des candidats. Vendredi, c’est ainsi au tour de Mme Jospin de répondre à Mme Chirac.
Revenant sur les propos de cette dernière qui dénonce vendredi une campagne «très souvent ordurière» et «indigne d’un vrai débat démocratique», Sylviane Agacinski-Jospin déclare: «j’ai entendu un certain nombre de gros mots pendant cette campagne, mas je ne me souviens pas que ces gros mots soient sortis de Lionel Jospin ou des socialistes»… A quand le débat d’idées ?

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