France : François Fillon au secours de Michèle Alliot-Marie

Alors que logiquement, par tempérament, par conviction ou par posture, François Fillon n’était pas prévu de figurer sur la liste des avocats attitrés de Michèle Alliot-Marie, le voilà qui prend sa défense faisant du spectre de sa démission exigée par l’opposition un simple accident de parcours.
Et pour cause. Depuis le maintien de Michèle Alliot-Marie au gouvernement en novembre dernier, François Fillon avait fait savoir par des fuites savamment organisées qu’elle s’y opposait et qu’on lui avait forcé la main. Il ne voulait pas de cette femme politique qui, à un moment donné, l’avait enterré vivant et exprimé le désir de prendre sa place, se retrouve à la toiser au sein du gouvernement. Dans le scandale qui secouait Michèle Alliot-Marie et ses excursions tunisiennes en jet privé du clan Ben Ali, François Fillon se devait d’observer la même prudence que celle qu’il avait montrée lors du scandale d’Eric Woerth. Ce qui avait le don d’énerver Nicolas Sarkozy en le montrant prêt à couvrir tous les excès et tous les scandales alors que son Premier ministre survolait avec la chasteté d’une nonne tous ses effluves. Résultat : Nicolas Sarkozy plongeait dans les sondages alors que François Fillon caracolait. De la même manière que la révolte tunisienne a eu comme victime collatérale Michèle Alliot-Marie, la crise de pouvoir en Egypte a violemment rejailli sur François Fillon. Alors que l’opposition bataillait dur pour mettre en difficulté Nicolas Sarkozy et exigeait la démission de la ministre des Affaires étrangères, voilà que «Le Canard Enchaîné» révèle que François Fillon, Premier ministre de la France, a bénéficié des mêmes avantages aériens et touristiques auprès du régime de Hosni Moubarak violemment contesté par la rue égyptienne. Voilà qui jette une lumière crue sur la stratégie de défense prise par François Fillon à l’encontre de Michèle Alliot-Marie. Il ne ratait aucune occasion de redire sa confiance et son soutien. François Fillon ne tomba pas dans le piège de la communication brouillonne de MAM. Ses services reconnurent une grande partie des faits pour mieux en militer l’impact. Ces révélations sur le voyage égyptien de François Fillon ont eu deux grandes conséquences immédiates. La première, qui n’est pas pour déplaire à Nicolas Sarkozy, est que le Premier ministre a été obligé de descendre de son piédestal de vertu irréprochable avec laquelle il drapait ses démarches, de mettre un genou par terre et de reconnaître même implicitement avoir péché. La seconde est les déboires du Premier ministre qui banalise fortement les malheurs de Michèle Alliot-Marie dont la démission, urgentissime hier, n’est plus à l’ordre du jour aujourd’hui. Loin d’arrêter ses offensives, l’opposition, incertaine aujourd’hui d’obtenir la démission de Michèle Alliot-Marie, accentue le tir sur l’ensemble de l’exécutif sur le terrain de la morale et de l’éthique. Le meilleur échantillon est la déclaration de Martine Aubry, premier secrétaire du PS : «J’apprends avec consternation que les vacances privées du Premier ministre en Egypte ont été financées par le président Moubarak; décidément, on voit jour après jour combien le gouvernement a perdu le sens de l’esprit public». Cette opposition ne cache plus son envie de voir Nicolas Sarkozy payer cher ces dérives, d’abord en lever de rideau, lors des prochaines cantonales, ensuite en match final lors des présidentielles.

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