France : l’Elysée enterre le CPE

France : l’Elysée enterre le CPE

C’était hier, lundi 10 avril, à l’Elysée qu’a eu lieu les obsèques officielles du contrat première embauche (CPE), lors d’une réunion matinale rassemblant des ténors de la majorité, dont Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, autour du président français Jacques Chirac. Le texte, que Dominique de Villepin avait mis au cœur de sa stratégie de lutte contre le chômage, fut ainsi enterré. Après quatre semaines de tensions, l’Elysée semble trouver une petite porte de sortie qu’il juge honorable. Ni retrait, ni suspension, ni dénaturation du CPE, le projet de Villepin va être remplacé par un dispositif en faveur des jeunes en difficulté. «Sur proposition du Premier ministre, le président de la République "a décidé de remplacer l’article 8 de la loi sur l’égalité des chances créant le contrat première embauche par un dispositif en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté», a annoncé l’Elysée lundi matin, à l’issue d’une réunion avec les principaux responsables du dossier au sein du gouvernement et de la majorité. Les mots sont donc bien choisis. Le président français semble ainsi vouloir sauver la face de son Premier ministre en évitant le terme «abrogation» qui signifierait défaite.  Mais cela ne change rien. Les faits sont là. Désormais, le Premier ministre devra affronter des mois difficiles à Matignon, sous le sceau de la défaite. Dans une courte allocution à Matignon, Dominique de Villepin a concédé cette défaite en soulignant que «les conditions nécessaires de confiance et de sérénité n’étaient pas réunies pour la mise en œuvre de cette "solution forte"».
Il a, toutefois, exprimé ses regrets de ne pas avoir été «compris par tous» dans sa volonté de remédier à «la situation dramatique de beaucoup de jeunes».  «Les discussions conduites depuis une semaine par les présidents des groupes parlementaires, Bernard Accoyer et Josselin de Rohan, avec l’ensemble des partenaires sociaux, organisations étudiantes et lycéennes, m’amènent aujourd’hui à un constat», a déclaré Dominique de Villepin d’un ton solennel.  La décision de Jacques Chirac a été saluée comme une victoire par les syndicats. L’opposition, elle, évaluait avec gourmandise les dégâts politiques pour la droite.
Alors que Le premier secrétaire du PS François Hollande a prévenu que les socialistes seraient «vigilants» sur le nouveau texte, Jean-Luc Bennahmias (Verts) a estimé que le Premier ministre n’avait «plus qu’une seule chose à faire, c’est de démissionner».  Philippe de Villiers (MPF) a, lui, ironisé sur «le parti unique de la reculade, l’UMP-CGT, dirigé par Nicolas Sarkozy et Bernard Thibault». La proposition de loi UMP qui va remplacer le CPE comportera quatre mesures reprenant des dispositifs déjà existants en faveur des jeunes les plus en difficulté, mais en les renforçant «considérablement», selon l’ancien rapporteur UMP de la loi égalité des chances Laurent Hénart. La proposition de loi qui devait être déposée hier à l’Assemblée et sera peut-être débattue dès aujourd’hui, comporte deux articles remplaçant l’article 8 de la loi sur l’égalité des chances qui mettait en place le CPE.

 Les cartes gagnantes des syndicats dans la lutte anti-CPE


La jonction jeunes-salariés :
Le mouvement anti-CPE a offert un exemple rare de jonction revendicative du monde étudiant et lycéen avec les salariés, avec, de fait, pour unique précédent depuis 1968, le mouvement anti CIP (contrat d’insertion professionnelle, rebaptisé "Smic-jeunes") de 1994.
L’unité syndicale :
La lame de fond anti-CPE a inspiré un rapprochement entre syndicats d’étudiants (Unef, CE), de lycéens (Fidl, UNL) et de salariés (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGE, FSU, Unsa, Solidaires). Sur un mot d’ordre unique – retrait du CPE – l’unité syndicale ne s’est à aucun moment démentie.
•  La réserve patronale :
Montré du doigt par les manifestants comme l’inspirateur de la déréglementation du travail, le patronat s’est tenu en retrait durant tout le conflit.
La cacophonie politique:
Absence de dialogue social préalable, non respect à cet égard de la loi prévoyant l’obligation de consulter les partenaires sociaux, usage de l’article 49-3 : venant après l’adoption du CNE par ordonnance au cœur de l’été 2005, le "passage en force" de l’exécutif lui a valu un isolement croissant et une lourde chute dans les sondages.

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