France : Les sans-papiers se livrent à leur «clandestine Pride»

Qui aurait cru qu’au moment où la chasse au travailleur clandestin était devenue un sport national mené avec zèle par le ministre de l’Immigration et l’Identité  nationale Brice Hortefeux, le phénomène de la clandestinité pourrait s’étaler avec autant de publicité. C’est ce qui arriva lorsque, brisant tous les codes, des centaines de travailleurs immigrés sans-papiers s’étaient livrés à une grève, avec rassemblements  houleux, banderoles enflammées et slogans revendicateurs.
Fait inédit dans l’histoire récente, ce qui est apparu comme un gigantesque coup de nez à la police et aux Forces de l’ordre chargées par leur hiérarchie du «faire du chiffre» dans le ramassage des clandestins, a été perçu comme l’indicateur d’un malaise social chronique. La raison pour laquelle cette étrange grève avait capté le débat politique.
Si cette grève avait quelque chose d’irréel puisqu’elle partait d’un postulat virtuel (un clandestin, selon la logique ambiante, n’a pas le droit d’être là, encore moins de travailler et surtout pas de faire grève), elle eut le mérite de relancer un débat : que faire des centaines de milliers de petits bras qui soutiennent à fond des pans entiers de l’économie française comme la restauration, l’hôtellerie ou la bâtiment ?
Cette grève était portée par un des aveux les plus indiscutables du patronat français comme le laisse entendre la présidente du comité de tourisme de l’Ile de France Henriette Zoughebi lorsqu’elle demande la «régularisation des salariés sans-papiers de l’hôtellerie-restauration qui participent pleinement au développement économique de notre région».
Face aux gros titres initiés par cet événement qui allie originalité et provocation, le fantôme d’une régularisation massive est revenu hanter le débat politique français. Brice Hortefeux avait été le premier à balayer cette hypothèse : «il n’y a pas, et il n’y aura pas, de régularisation massive et générale car ce ne serait ni juste, ni utile, ni efficace mais des examens au cas par cas».
Lors de sa récente prestation télévisée, Nicolas Sarkozy avait enfoncé le clou avec encore plus d’arguments : «Il n’y aura pas de régularisation globale parce que la régularisation globale conduit à la catastrophe (…)  ça conduit à un appel d’air qui profite aux trafiquants, on fait la politique des trafiquants». Nicolas Sarkozy utilise un autre argument auquel les statisticiens du monde de travail ne restent pas indifférents : «Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés réguliers». Une invitation à puiser dans ce réservoir de main-d’œuvre déclarée.
Et alors que ces grévistes réclament une régularisation administrative de leur situation, Nicolas Sarkozy commet une bourde qui fera date : «On ne devient pas français uniquement parce qu’on travaille dans la cuisine d’un restaurant aussi sympathique soit-il».
L’opposition a aussitôt raillé cette sortie en lui trouvant des arrières-pensées politicienne : «c’est volontaire, il a fait un amalgame pour capter son électorat traditionnel et c’est irresponsable». Mais le débat sur la nécessité de régulariser les sans-papiers qui travaillent déjà dans des entreprises avait couvert le brouhaha qu’une telle polémique était susceptible d’engendrer.
A défaut d’être adopté par les grands partis politiques, l’enjeu d’une telle question a été récupéré par les grandes centrales syndicales. Voyant que la CGT a pris les rênes de ce combat, sa principale concurrente la CFDT n’a pas voulu être en reste. Son patron François Chérèque fait ce constat qui a de fortes chances de gêner le gouvernement dans ses choix : «Nous ne sommes pas sur une régularisation générale. Là, on a des salariés qui sont embauchés, avec un contrat de travail et un salaire en fonction de la convention collective, qui paient des impôts et on ne trouvent personne pour faire leur emploi, c’est normal qu’il soient régularisés».
En faisant leur «Outing» sur la scène publique, le mouvement des clandestins de France, récupéré par la CGT, a de fortes chances de pousser le président Nicolas Sarkozy à préciser davantage les contours de a  politique de favoriser une performante  «immigration de travail» au détriment d’une coûteuse «immigration familiale».

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