France : Prison ferme pour Pasqua

France : Prison ferme pour Pasqua

Il s’agit, à n’en pas douter, d’une des semaines les plus noires de la récente vie de Nicolas Sarkozy. Alors qu’un de ses ennemis les plus intimes, Dominique de Villepin, à peine les audiences du procès de Clearstream terminées, se pavane sur les estrades  pour le narguer de son «alternative républicaine», voilà que Charles Pasqua, le célèbre ministre de l’Intérieur des années Chirac, Mitterrand et Balladur, est condamné à la prison ferme dans le procès de l’Angolagate. Ce procès repose sur un vaste trafic d’armes et une active opération de blanchiment d’argent  qui implique de nombreuses personnalités comme  le marchand d’armes, Pierre Falcone,  le milliardaire israélien Arcadi Gaydamak et  l’ancien préfet du Var Charles Marchiani. Une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, car aux côtés d’Edouard Balladur et à l’exception de la parenthèse des européennes de 1999, Charles Pasqua a longtemps campé le rôle très enviable de parrain et de soutien du jeune Nicolas dans son ascension vers les cimes du pouvoir. Charles Pasqua, le ministre de l’Intérieur moqué pour cette phrase devenue célèbre : «Il faut terroriser les terroristes», longtemps coffre-fort des secrets les moins ragoûtants de la Chiraquie, s’était même offert le luxe de trahir Jacques Chirac pour rejoindre son ennemi intime de l’époque, Edouard Balladur, devenu entre-temps le mentor de Nicolas Sarkozy. Dans cette affaire de l’Angolagate, Charles Pasqua est tombé sous l’accusation  de «recel de biens sociaux» et de trafic d’influence». Il est reproché à l’ancêtre de Brice Hortefeux d’avoir, en 1966,  échangé l’attribution de l’Ordre national du mérite au vendeur d’armes israélien Arcady Gaydamak contre la somme de 225.000 euros pour son association «France-Afrique-Orient».
Avec son langage fleuri qui l’a rendu si reconnaissable et sa dégaine fatiguée d’un Fernandel de la politique, l’humour volontaire en moins, Charles Pasqua a tenté de démonter ce jugement qu’il accuse de «ne reposer que sur une construction intellectuelle»: «A mon âge, vous pensez que je serais allé me prostituer pour vendre une décoration ainsi qu’on me le reproche ?» 
Mais la stratégie de défense  de Charles Pasqua ne se limite pas à l’indignation. Bien au contraire, sa réplique a de fortes chances de donner des insomnies à beaucoup. Il vient de formuler une exigence aux étranges parfums de menaces : «Je demande au président de la République de lever le secret-défense sur toutes les ventes d’armes, sur toutes les opérations réalisées à l’étranger afin que l’on sache s’il y a eu des retours de commissions en France et que l’on sache qui en a bénéficié». Charles Pasqua, 82 ans et une immunité que lui procure son statut de sénateur avait pris soin de préciser plus tôt : «Le président de la République (de l’époque) était au courant de l’affaire des ventes d’armes en Angola, le Premier ministre était au courant, la plupart des ministres aussi». Devant ces accusations à peine voilées de Charles Pasqua qui comparaîtra dans les prochains mois devant la Cour de justice de la République, les chroniqueurs ont dû rappeler que l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, a servi successivement pendant ces années de l’Angolagate  comme ministre du Budget, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication dans les gouvernements d’Edouard Balladur. Décelant tout le potentiel d’embarras politique qu’une telle demande peut provoquer chez Nicolas Sarkozy, des membres de l’opposition comme François Bayrou se sont jetés sur cette idée pour la mettre en valeur  pour que «la vie politique soit assainie». Les Verts, de leur côté, n’ont pas résisté à une instrumentalisation directe et immédiate de ce procès : «Ce procès a condamné certaines têtes de réseaux mais la Françafrique vit toujours (avec)  le soutien de la France aux élections truquées au Gabon, riche en pétrole, ou au coup d’Etat constitutionnel au Niger, riche en uranium, montre que les réseaux prospèrent toujours». Poussé dans ses derniers retranchements, Charles Pasqua, par culture et par tempérament, n’est pas homme à se laisser faire. L’homme des grands coups tordus de la cinquième République est détenteur de nombreux secrets qu’il peut semer au gré des humeurs de l’actualité… une manière de dire que si en appel la prison reste ferme, de nombreuses carrières risquent sérieusement d’être secouées.

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