France : Sarkozy, l’état de grâce permanent

France : Sarkozy, l’état de grâce permanent

Le signe indiscutable que le président  Sarkozy n’a rien perdu de son énergie communicatrice et d’une incontestable implication personnelle qui avaient fait la gloire du candidat Nicolas, avait pour récente manifestation les conditions de sa rencontre hier lundi avec l’ancien président sud africain Nelson Mandela. L’Elysée avait tenu à mettre en valeur ce geste : «Il est très rare qu’un président se déplace lui-même à l’aéroport pour accueillir une personnalité étrangère» car c’est là «le protocole d’une visite d’Etat (…) C’est exceptionnel, pour un homme exceptionnel».
Ce genre d’événement devient la marque de fabrique du style Sarkozy. Tous les événements, qu’il s’agisse d’un match de foot, d’une prise d’otages internationale, d’une université d’été du Medef, ou la visite d’une célébrité internationale, sont utiles à exploiter pour se mettre en scène et délivrer un message. Durant cette rentrée politique, le président Sarkozy avait tellement fait d’annonces, s’est exprimé sur tellement de sujets qu’il donnait l’impression d’être toujours en campagne électorale et en séduction permanente.
Il résume, avec beaucoup d’assurance et un zeste de provocation pour ses prédécesseurs, sa manière d’appréhender son nouveau métier de président : «Pour moi, c’est indispensable d’être sur le terrain. J’étais hier avec les chefs d’entreprises, je suis ici sur le terrain avec les consommateurs. Ecouter, c’est comme ça que je conçois mon rôle. Président de la République, ce n’est pas simplement d’aller dans les conférences internationales ou de voir les grands de ce monde».
Conséquence immédiate de ce qui peut s’apparenter à une occupation excessive de la scène politique, le danger soulevé par certains que le gouvernement dirigé par François Fillon, devenu invisible, et ses ministres inaudibles ne se voient diminués dans leurs champs d’action. D’ailleurs, à ce sujet, une petite polémique est en train de monter dans le landernau autour du rôle surexposé que le président Sarkozy continue de confier à Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, officiellement chargé d’aller préciser la pensée présidentielle aux médias et que certains commencent déjà à appeler «le Premier ministre bis».
En cette rentrée politique, le président Sarkozy continue de maintenir intact l’état de grâce que lui a procuré son élection. Certains éditorialistes attribuent cette situation à deux raisons principales : la première est que, jusqu’à présent, aucune décision majeure ayant des effets directs sur la vie des Français n’a encore été prise. L’heure est aux annonces d’intentions. La seconde est que le président Sarkozy se retrouve en face d’une opposition socialiste qui, à cause des nombreux déchirements internes, n’arrive pas à articuler une ligne d’attaque efficace.
Il est vrai que François Hollande sortant de l’Université d’été du PS à la Rochelle, que l’UMP, le parti du président,  avait qualifié de «mauvais vaudeville», s’était hasardé à quelques critiques sur les dangers qui menacent le pouvoir d’achat des français : «Je considère qu’il y a eu une grave erreur durant cet été, c’est le vote de ce que l’on a appelé le paquet fiscal (…) Et maintenant, comme il y a une grave situation d’endettement public, des déficits importants (…) c’est un plan de rigueur qui est annoncé. Une facture va être présentée dans peu de semaines devant les Français. C’est à ce moment-là qu’ils jugeront». Les socialistes en sont réduits à jouer les oiseaux de mauvais augure et à prédire les horizons les plus funestes.
Devant les critiques des socialistes , le président Sarkozy avait déjà trouvé une ligne de défense innovante : l’ironie qui ridiculise et la moquerie qui assassine. Faisant allusion au tollé général au sein des socialistes qu’avait provoqué sa politique d’ouverture qui consistait à proposer des postes ministériels et des missions à des personnalités socialistes, Nicolas  Sarkozy s’est hasardé sur le terrain de l’humour noir : «Au fond, peut-être que je suis celui qui sait le mieux exploiter les richesses humaines du Parti socialiste (…) Ils ont des gens très bien, ils ne les utilisent point. Dans une autre vie, je pourrai peut-être faire directeur des ressources humaines». 

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