France : Ségolène Royal renaît de ses cendres

France : Ségolène Royal renaît de ses cendres

Personne ne connaît réellement la vraie raison de la disparition de Ségolène Royal de la scène politique française au lendemain de sa défaite aux présidentielles. Etait-ce le charme d’une candidature inédite qui s’est brusquement rompu avec l’amer goût de l’inachevé ou était-ce l’omniprésence du triomphalisme de Nicolas Sarkozy qui, tel un incontrôlable tornade, déglingue tout sur son passage.
En tout cas, Ségolène Royal ne repassait une tête dans la lucarne de l’actualité que pour rappeler le pourcentage des 47% de Français qui avaient voté pour elle, un chiffre qui, à lui seul, était censé servir de garant de légitimité. Alors que le Parti socialiste s’apprêtait à opérer douloureusement sa mutation entre faux socialistes séduits par les sirènes de la droite et vrais durs tentés par la démarche de l’extrême gauche, la parole de Ségolène Royal était devenue tellement rare que pour réaliser sa dernière interview, le journal «Libération» toujours catalogué à gauche, était obligé de se déplacer à Rome pour reccueillir la parole de Ségolène.
Même physiquement absente, Ségolène Royal n’avait pas quitté le fronton des librairies. Les livres des personnalités socialistes qui avaient tenté d’analyser sa défaite se comptaient par dizaines. La réponse et l’explication de Ségolène Royal étaient donc très attendues.
Elle vient de les livrer dans un livre qui fait couler beaucoup d’encre. Intitulé «Ma plus belle histoire, c’est vous» aux éditions Grasset, ce livre s’inscrit dans une démarche qui «rend des comptes» selon l’expression utilisée par Ségolène Royal et non qui les règle comme semble le suggérer l’atmosphère de fin de règne qui assombrit le Parti socialiste.
La presse française est unanime à considérer qu’une des principales révélations de ce livre est la rencontre ratée entre les deux tours, entre Ségolène Royale et le leader centriste François Bayrou. Rencontre qui, selon beaucoup, aurait pu changer la donne si elle avait eu lieu.
Voici comment Ségolène Royal raconte ce rendez vous manqué dans une scène que ne renierait pas Sacha Guitry. François Bayrou se trouvait dans son appartement parisien. Ségolène Royal est dans sa voiture en bas de l’immeuble.
Au téléphone, elle propose de venir le voir. Horrifié, François Bayrou pousse des cris selon la narration de Ségolène : «Non, non, ne montez pas, il y a du monde dans la rue». Il n’y a pourtant pas un chat, à cette heure tardive, dans cette tranquille rue du VIIe arrondissement de Paris. Mais, «comme un amoureux qui craint la panne ou un adultère risqué (…) le cheval a reculé devant l’obstacle». Les journalistes se sont rués sur François Bayrou pour commenter cette étrange scène. Il l’a confirmée en la délestant de sa théâtralité : «Ségolène Royal a voulu me rencontrer entre les deux tours, et elle a voulu me rencontrer chez moi (…) J’ai pensé que ce serait forcément mal interprété, je n’ai pas souhaité donner suite à cette demande car je pensais qu’elle serait forcément ambiguë, qu’il y aurait forcément quelque chose de surinterprété, et je ne voulais pas me prêter à ce genre de manœuvres».
L’opposition socialiste à Ségolène Royal s’est vite emparée de cet épisode cocasse pour valider ses choix comme l’a fait Claude Bartolone le député de la Seine Saint-Denis : «L’épisode vaudevillesque de son rendez-vous raté avec Bayrou est sur ce sujet l’unique révélation du livre. Après nous avoir expliqué que le SMIC à 1.500 euros était une erreur, puis que les 35 heures étaient une faute, qu’elle lui ait proposé le poste de Premier ministre aggrave son cas». Le livre de Ségolène Royal contient une dénonciation méthodique du «système Sarkozy» qui repose sur l’aliénation des patrons des grands groupes industriels, financiers et de communication, qui l’ont «soutenu comme un seul homme» : Bouygues, Bolloré, Arnaud, Lagardère, Dassault. Il contient aussi une douloureuse confidence sur son ex compagnon François Hollande dont le soutien lui a manqué.
Elle va jusqu’à affirmer que : «pour gagner la prochaine fois, il faudra le soutien de tout un parti et d’un compagnon amoureux, à fond avec la candidate». Ce qui est absolument certain pour Ségolène Royal, c’est qu’il y aura une «prochaine fois». Et c’est le grand message de son livre.

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