France : violence en baisse après l’instauration de l’état d’urgence

En visite à Toulouse (sud-ouest), le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a évoqué mardi soir une "décrue" du nombre d’incidents, qui se sont néanmoins poursuivis pour la 13è nuit consécutive.
Selon le ministère, 617 véhicules ont été brûlés dans la nuit de mardi à mercredi, deux fois moins que la veille. La province a été plus touchée que la région parisienne, d’où étaient partis les troubles le 27 octobre après la mort accidentelle de deux jeunes M. Sarkozy s’est engagé à mettre en oeuvre les couvre-feux "d’une manière proportionnée à la menace".
Le recours aux couvre-feux, qui souligne la gravité de la crise, la pire de ce type depuis plusieurs décennies, est approuvée par 73% des Français, selon un sondage paru dans le journal Le Parisien.
L’état d’urgence, décidé mardi en vertu d’une loi de 1955 est entré en vigueur mercredi à 00H00 (mardi 23H00 GMT) avec la parution du décret d’application sur le site internet du Journal Officiel.
25 départements (sur une centaine) englobant Paris et sa banlieue ainsi que les principales agglomérations du pays (Marseille, Lyon, Toulouse, Lille) sont concernés.
La ville d’Amiens (nord) a été la première à l’appliquer: un arrêté du préfet, représentant local de l’Etat interdit désormais aux mineurs de moins 16 ans non accompagnés de sortir entre 22H00 et 06H00.
Malgré l’incendie de sept véhicules, la préfecture du département a tiré un bilan "positif" de ce premier couvre-feu, soulignant que la venue des parents dans les commissariats pour récupérer leur enfant de 12 à 15 ans permettait "la discussion et la sensibilisation".
Les maires de trois autres villes de France, Savigny-sur-Orge et Le Raincy, en région parisienne, ainsi qu’Orléans (centre), ont également pris des arrêtés de couvre-feux concernant les mineurs, comme la loi les y autorise.
Parmi les faits marquants de la nuit, un incendie a occasionné d’importants dégâts dans les locaux du quotidien régional Nice-Matin à Grasse (sud-est) et l’agression dont ont été victimes des journalistes russes, molestés par des émeutiers à Lyon.
Une personne victime d’un jet d’haltères mardi, lancés depuis un immeuble d’un quartier sensible de Nice, était toujours mercredi dans un "état critique", selon la police.
A l’instar du Figaro (droite), la presse française estime que l’application de cette mesure constituait "l’épreuve de vérité" pour le gouvernement.
En cas d’échec, seul le recours à l’armée semblerait à même de restaurer l’ordre dans des banlieues où s’expriment colère et désarroi de jeunes, parfois âgés de 12 à 14 ans. Souvent originaires d’Afrique noire et du Maghreb, ils se sentent victimes de discrimination et exclus de la société française.
Titrant sur un "couvre-feu, cache-misère", Libération (gauche) souligne que de nombreux maires des villes concernées doutent de l’efficacité d’une telle mesure et note que "les appels au calme" du gouvernement ne sont pas des mots d’apaisement".
L’opposition socialiste s’est gardée de jeter de l’huile sur le feu en estimant que l’instauration de couvre-feux pouvait être utile pour ramener l’ordre.
Mais le premier secrétaire du PS François Hollande a regretté que "l’aspect rétablissement de l’ordre, tout à fait indispensable, ait été prédominant par rapport aux réponses sociales, éducatives" et déploré le "silence assourdissant" depuis le début de la crise du président Jacques Chirac.

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