France : Xavier Bertrand se prend le Mediator entre les dents

France : Xavier Bertrand se prend le Mediator entre les dents

Lorsque Xavier Bertrand était obligé de céder son fauteuil de secrétaire général de l’UMP à Jean-François Copé et de retrouver en guise de lot de consolation un poste ministériel, sans doute croyait-il que la sinécure était finie. Et qu’une grande séquence où il allait tranquillement peaufiner son image de bouledogue présidentiel pour préparer l’après-victoire de Nicolas Sarkozy en 2012 et s’assurer un territoire de choix auprès du vainqueur. Erreur dans le diagnostic. À peine arrivé au ministère de la Santé qu’un des scandales sanitaires les plus aigus éclate. Celui du médicament Mediator dont le retard pris par les autorités sanitaires à l’interdire nourrit les plus grandes suspicions.
Dès le début du scandale, Xavier Bertrand fut momentanément protégé par un épais écran de fumée provoqué par la polémique allumée autour de la secrétaire d’Etat à la Santé Nora Berra. On porta à cette novice en politique nationale ouvertement l’accusation d’avoir tenté de minimiser les effets ravageurs du Mediateur à cause de sa longue carrière au service des laboratoires pharmaceutiques comme «Servier» qui produit et commercialise le Mediator. On cria au honteux conflit d’intérêt et on exigea sur la champ la démission de Nora Berra. Sans grand succès puisque, Nicolas Sarkozy ne pouvait se permettre le luxe de débuter son remaniement par un flagrant reniement. Mais au fur et à mesure que les révélations sur la dangerosité du Mediator se sont portées à la connaissance du public, que la presse révèle que ce médicament aurait provoqué la mort de presque un millier de personnes, que les expériences d’autre pays avec le Mediator sont scrutées avec attention, l’affaire prend en France de nouvelles proportions.
A la question cardinale : pourquoi a-t-on trop tardé avant de prendre la décision de l’interdire ?
La réponse demeure non seulement vague et fuyante mais rappelle le grand scandale sanitaire des années 90 sur le sang contaminé qui avait plombé la carrière du prometteur Laurent Fabius et donné une triste image de la gouvernance socialiste de l’époque. Et l’on fait mine de découvrir que l’actuel ministre de la Santé Xavier Bertrand avait déjà occupé des postes de responsabilité dans le domaine au moment où il fallait prendre la décision de sonner l’alarme sur les effets meurtriers du Mediator. En 2004, il était secrétaire d’Etat chargé de l’Assurance-maladie, avant de devenir ministre de la Santé et des Solidarités dans le gouvernement de Dominique de Villepin. Anticipant sans doute le grand scandale qui peut l’encercler, Xavier Bertrand s’en empressé de dénoncer les «défaillances graves dans le fonctionnement de notre système de médicament dans cette affaire». Et il lance, dans «Le Figaro» cette charge qui peut être le slogan d’une grande enquête parlementaire : «je veux tout savoir de ce qui s’est passé depuis la mise sur le marché du Mediator en 1976 (…) Je veux comprendre pourquoi, malgré certaines mises en garde, malgré une parenté chimique avec des molécules interdites, ce médicament est resté sur le marché pendant trente-trois ans». Et comme pour lui donner la réplique, le député UMP de Paris et éminent professeur de médecine Bernard Debré lui renvoie un violent uppercut : «ignorer, pour un politique, c’est une faute. Un ministre doit être responsable de son administration, quelle qu’elle soit. Il doit donc être au courant. S’il n’est pas au courant, c’est qu’il y a une faille dans la transmission».

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