G-B : le retour du délit de faciès

G-B : le retour du délit de faciès

Le renforcement du système de sécurité dans les aéroports, survenu après l’annonce de la mise en échec d’un complot terroriste, a provoqué plusieurs retards et annulations de vols. Pour mettre fin aux nombreuses files d’attente de passagers, le gouvernement britannique envisagerait de mettre en place un système de «profiling», basé sur une définition du profil des individus «à risques».
En d’autres termes, concentrer les contrôles sur certains passagers en fonction notamment de leur origine ethnique ou appartenance religieuse. Chasse au faciès ou mesure rationnelle indispensable ?
Hier, ces mesures faisant la Une de l’ensemble de la presse britannique poussant le ministre britannique de l’Intérieur, John Reid, à réagir. «Face à la menace de meurtres de masse, nous devons accepter que les droits individuels doivent et seront mis en balance avec le droit collectif à la sécurité et à la protection (…) réclamée par nos concitoyens», a-t-il déclaré. Le ministère des transports, lui, s’est refusé à tout commentaire. D’après le "Times", les mesures en questions «consistent à sélectionner des gens aux comportements suspects, qui font des trajets inhabituels, ou, de façon plus controversée, qui ont certaines origines ethniques ou religieuses».
Le quotidien précise que la technique ne consisterait pas seulement à sortir des files d’attente «des jeunes gens d’apparence asiatique. Mais elle outragerait la communauté musulmane car ses membres feraient très probablement l’objet de contrôles supplémentaires». Dimanche, un ancien responsable de Scotland Yard, Lord Stevens, avait déjà suggéré de concentrer les contrôles sur les "jeunes gens musulmans". «Le terrorisme islamique en Occident a été l’œuvre de jeunes gens musulmans  qui voyagent presque toujours seuls ou en très petits groupes», avait-il écrit dans "News of the World".
Pour sa part, The Muslim Council of Britain (le plus important groupe de musulmans britanniques) a tiré la sonnette d’alarme : «Avec ces pratiques discriminatoires, il pourrait s’aliéner "une communauté dont il a besoin pour combattre le terrorisme", rapporte le "Guardian". Inyat Bunglawala, porte-parole de l’organisation, rappelait également que «les musulmans ne sont pas une ethnie, comme l’ont d’ailleurs montré les arrestations de la semaine dernière. Il y a beaucoup de Blancs convertis à l’Islam». Depuis les attentats de Londres du 14 juillet, la communauté musulmane vit un malaise qui ne cesse de monter crescendo.  Tarique Ghaffur, un haut responsable de la police britannique, avait affirmé qu’en Angleterre, la lutte contre le terrorisme engendre une discrimination à l’encontre des Musulmans et les lois coercitives courent "un réel risque de criminaliser" les communautés ethniques minoritaires.  Dans une declaration au "Guardian", Tarique Ghaffur avait remis en doute les affirmations de la police selon lesquelles les arrestations et recherches de personnes d’apparence asiatique sont le résultat d’un travail mené par le renseignement. Il a révélé que «ces pratiques sont plus basées sur l’apparence physique que sur un travail de renseignement».

 Des attentats ont-ils réellement été déjoués ?

Dans un éditorial, The Independent s’interroge sur la réalité et l’importance de ces tentatives d’attentats : «Il y a dans toute cette affaire des éléments qui mettent plus que mal à l’aise. Par exemple, le fait que le ministre de l’Intérieur ait déclaré en début de semaine que le Royaume-Uni était menacé de la pire manière depuis la Seconde Guerre mondiale : le ministre était donc au courant du complot quand il a évoqué le danger. Mais, pour ceux qui ne disposaient pas de cette information, l’alerte et l’opération d’hier peuvent sembler une méthode cynique pour illustrer l’imminence d’un danger. En outre, cette opération arrive juste au bon moment, alors que, cet après-midi, un rapport dénonçant l’état de nos troupes en Irak devait être discuté. Du coup, cette information et ce débat seront fort à propos occultés». «Nous devons croire que nos dirigeants agissent de bonne foi. Malheureusement, la situation actuelle est telle que nous ne pouvons que nous demander en qui placer notre confiance. Outre les affaires de Menezes et Forest Gate, il est bon de rappeler que, après les attentats du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres, la police avait affirmé que ces attaques avaient été commises par des individus inconnus des autorités», renchérit "The Guardian".

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