Gestion du passage de Katrina : l’Afrique dénonce  » le racisme » aux Etats-Unis

"Qui aurait pu penser que plus d’un million d’Américains deviendraient des +réfugiés+ dans leur propre pays", s’interroge mardi un éditorialiste du grand quotidien sud-africain The Star, au lectorat essentiellement noir.

Katrina "a révélé les fractures raciales dans la société américaine", ajoute-t-il, car "la plupart des infortunés survivants qui ont rempli le Superdome (stade) de la Nouvelle-Orléans étaient noirs, alors que les résidents blancs plus riches ont pu fuir dans leurs 4X4 avant que Katrina ne sème la misère".

Le quotidien du monde sud-africain des affaires, The Business Day, estime de son côté que le plan de secours mis en place "s’est trop appuyé sur les initiatives privées et pas assez sur les initiatives d’Etat".

"Pour les évacuations, par exemple, la flotte des autocars régionaux n’a pas été mobilisée. Résultat, ceux qui ont pu fuir (…) étaient riches et blancs, tandis que ceux qui sont restés étaient pauvres et noirs", relève Business Day.

Le "racisme" du président américain George W. Bush a été vigoureusement dénoncé par le gouvernement zimbabwéen du président Robert Mugabe, soumis à des sanctions de la plupart des pays occidentaux – dont les Etats-Unis – pour violation des droits de l’Homme.

Selon Chen Chimutengwende, ministre zimbabwéen de l’Information par intérim, "cet ouragan a une fois de plus mis en lumière le racisme de l’administration américaine à l’égard des noirs, car si cela avait été les blancs qui avaient été touchés, elle aurait agi plus vite".

"L’administration américaine a toujours été raciste", a-t-il déclaré à l’AFP.

Un responsable du ministère kenyan des Affaires étrangères a affirmé, sous couvert de l’anonymat, que "pour le moment, à moins qu’on nous présente des excuses fortes", ce qui se passe dans le sud des Etats-Unis, "est le pire des racismes".

Au Rwanda, un responsable, également anonyme, a déclaré: "Ma première réaction c’est qu’il y a eu un élément raciste. L’administration Bush essaie par tous les moyens de convaincre les gens que ça n’a pas été le cas, mais c’est trop tard. Ils semblent embarrassés à ce sujet".

"Nous ne sommes pas indifférents", a déclaré à l’AFP Adam Thiam, porte-parole du président de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré. "Le cyclone a frappé un partenaire très important de l’UA, et une région peuplée par notre diaspora. L’UA est déterminée à avoir les meilleures relations avec sa diaspora", a-t-il dit.

Un collaborateur de la Radio nationale angolaise (publique), l’universitaire Mario Pinto de Andrade, a estimé que "la crédibilité" de Bush était mise en cause, car, selon lui, son administration avait largement eu le temps d’organiser la protection des habitants de la Nouvelle-Orléans.

Au Maroc, le journal Libération (socialiste) a estimé que "l’Amérique, aujourd’hui, a des problèmes de conscience face à ces millions de pauvres, dans leur majorité noirs, oubliés par l’Amérique utile, riche et puissante".

"Quels que soient les reproches que l’on puisse faire à la politique ultralibérale de M. Bush, il s’agit ici d’une catastrophe naturelle contre laquelle l’humanité n’a pas encore trouvé de digue assez puissante", tempère cependant Libération.

Autre quotidien marocain, l’Opinion (nationaliste), dresse de son côté un parallèle entre l’ouragan Katrina et la famine qui fait des ravages au Niger pour dénoncer une solidarité à géométrie variable "suivant la région, la race et peut-être la religion".

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