Guantanamo : le président Bush déjugé

En invalidant les tribunaux d’exception de Guantanamo, la Cour suprême des Etats-Unis met un frein aux pouvoirs étendus que le président George W. Bush s’est octroyés après les attentats du 11 septembre 2001.
Mais au-delà de Guantanamo, c’est l’ensemble de la stratégie de l’Administration Bush face au terrorisme qui est au cœur des polémiques qui secouent l’Amérique de l’après 11 septembre.
«La décision prise jeudi par les juges de la Cour suprême marque la fin de "l’état d’urgence" sécuritaire qui a dominé pendant près de cinq ans», affirme le commentateur David Ignatius dans un point de vue publié dans le "Washington Post".
«Après le 11 septembre, le vice-président Cheney et son conseiller juridique David Addington ont réclamé pour l’Exécutif un pouvoir illimité. Ils ont intimidé ou ignoré les critiques au sein de la Maison-Blanche et ont créé un système secret hors du contrôle des deux autres branches du pouvoir, le législatif et le judiciaire», ajoute-t-il. «La décision montre que même le président doit se soumettre au droit» renchérit Jonathan Turley, professeur de droit à l’université George Washington, à Washington. Il estime que « l’invalidation des tribunaux d’exception de Guantanamo concerne davantage la tentative du président de redéfinir la présidence que les tribunaux eux-mêmes.»
La presse américaine a, elle, qualifié le verdict de la cour suprême comme une "victoire du droit". 
Pour le "New York Times", cette décision «est une réaffirmation importante et bienvenue que même en temps de guerre, la loi reste basée sur la Constitution, la jurisprudence et les Conventions de Genève et non pas sur les désirs du président».
«C’est une victoire pour l’Etat de droit», écrit l’éditorialiste du journal new-yorkais qui estime que «la décision de la Cour, prise par 5 voix contre 3, signale que la Maison Blanche ne peut continuer dans sa stupéfiante insistance  qu’elle n’a pas besoin de suivre les voies légales parce qu’elle est engagée dans une guerre contre le terrorisme».
«Le verdict de la Cour Suprême est une très grande victoire pour les valeurs fondamentales américaines, qui contribuera à apporter des bases légales solides à la guerre contre le terrorisme,» renchérit le "Washington Post". 
«Il jette aussi un sérieux doute légal sur l’autorité de la CIA à gérer tout un réseau de prisons secrètes, sans parler des techniques d’interrogatoire hautement offensives qui sont pratiqués dans ces centres de détention secrets», ajoute le quotidien.
En 2004, la Cour suprême avait déjà donné un coup de revers à l’Administration américaine. Dans le jugement, dit «Hamdi contre Rumsfeld», elle avait limité la capacité de l’Administration Bush à détenir des prisonniers indéfiniment sans procédure légale.
Depuis sa création, la prison de Guantanamo a été perçue par les observateurs et les associations des droits de l’Homme comme le symbole de la dérive de l’administration Bush dans sa dite guerre contre le "terrorisme".  Vendredi dernier, la présidente du Sénat, Anne-Marie Lizin, qui a visité en mars Guantanamo, a souhaité que les Etats-Unis annoncent sans tarder un calendrier de fermeture de cette prison, suggérant qu’elle devrait intervenir au plus tard fin 2007.

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