Guinée-Conakry : la tension au zénith

Guinée-Conakry : la tension au zénith

La nomination d’un Premier ministre n’a pas calmé le jeu en Guinée-Conakry. Bien au contraire. Les syndicats et l’opposition contestent le choix du président Lansana Conté. Ils réclament aujourd’hui son départ. Des manifestations ont eu lieu. Elles ont mal tourné. Dimanche, le bilan provisoire de ces nouvelles violences faisant état de 18 morts.
La nomination, vendredi dernier, du ministre Eugène Camara au poste de Premier ministre devait en principe mettre fin au conflit qui opposait depuis janvier le gouvernement aux syndicats.
Après une grève générale de 18 jours, les syndicats ont obtenu une promesse de désignation d’un chef du gouvernement de consensus. Eugène Camara, l’homme choisi par le président Conté, est réputé être intègre et modéré. Mais l’opposition et les syndicats l’ont rejeté et demandé sa démission en raison de sa «grande proximité avec le chef de l’Etat».
Du coup, les manifestations ont repris samedi dernier. Dans la banlieue de Conakry, des barrages de manifestants ont bloqué les principaux axes. À l’intérieur du pays, de jeunes manifestants ont saccagé, pillé et parfois incendié des bâtiments publics de nombreuses villes, rapportent les agences de presse.
Trois jeunes, qui faisaient partie de groupes ayant érigé des barricades dans la banlieue de la capitale, ont été tués par les forces de l’ordre à Bonfi et Matam, selon l’AFP.
À Kankan (600 km à l’est de Conakry), les accrochages entre manifestants et force de l’ordre ont fait quatre morts, dont un militaire. Son corps a été brûlé. Il s’agit du premier militaire tué depuis le début des violences en janvier. À Faranah (centre), un manifestant et un prisonnier ont trouvé la mort, selon les témoignages recueillis par l’agence française.
À Conakry, une résidence privée du président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira, proche depuis de longues années du président Conté, a été saccagée, toujours selon l’AFP.
«Pour que la Guinée soit sauvée de ce qui se passe, pour ne pas qu’on l’utilise à d’autres fins, les syndicalistes demandent la démission pure et simple du nouveau Premier ministre pour le bien de la Guinée», a déclaré le porte-parole des syndicalistes, Alpha Barry. «La grève (générale) reste maintenue», a-t-il ajouté.
L’opposition va encore plus loin et exige la démission du président Conté. «Plus qu’une grève, il s’agit d’une insurrection qui ne peut se terminer que par le départ de Lansana Conté. Il refuse de voir la réalité en face», a pour sa part estimé Mamadou Bâ, porte-parole d’un groupement de partis d’opposition.
La crise en Guinée avait éclaté le 10 janvier dernier par un mouvement de protestations orchestré par plusieurs syndicats. Des syndicats qui voulaient dénoncer, entre autres, la corruption, la cherté de la vie et l’ingérence de certaines grosses pointures de l’échiquier politique guinéen notamment dans les affaires judiciaires.

Fiche technique

La République de Guinée, appelée communément Guinée-Conakry, est un pays ouest-africain qui partage ses frontières avec le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Liberia et la Sierra Leone. Bercée par l’océan Atlantique, la Guinée est le pays source de 22 fleuves d’Afrique de l’Ouest parmi lesquels les fleuves Niger et Sénégal. C’est une république à régime présidentiel et le chef de l’État est élu au suffrage universel pour un mandat de 7 ans. Le Premier ministre, quant à lui, est désigné par le chef de l’État. Le général Lansana Conté a accédé à la magistrature suprême le 5 avril 1984. Le pouvoir législatif est assuré par un Parlement composé d’une seule Chambre, l’Assemblée nationale, où siègent 114 députés élus pour un mandat de 5 ans. Depuis l’instauration du multipartisme en avril 1992, une quarantaine de nouveaux partis ont été reconnus.

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