Hamas : Rantisi reprend le flambeau

Le Hamas ne restera pas longtemps sans leader. Abdel Aziz Rantisi a pris le flambeau 24 heures à peine après la tragique disparition de Cheikh Ahmed Yassine. Beaucoup plus radical que ce dernier, Rantisi est opposé à toute trêve avec Israêl et à tout compromis avec Yasser Arafat. Pédiatre de formation, âgé de 54 ans, il sera assisté dans sa lourde mission par le très discret comité de militants chevronnés qui assure la direction du mouvement de manière collective. Dans sa première déclaration, Abdel Aziz Rantisi a laissé entendre que l’élimination du guide spirituel ne changera en rien aux opérations du groupe ni à sa capacité de mener des attaques.
Cette succession est occultée à Gaza par la douleur encore vive après la disparition tragique du leader historique du mouvement Hamas. Plusieurs enfants nés dans les hôpitaux de Gaza, le mardi ont été baptisés Ahmed Yassine, en hommage à sa vie de militant. Les correspondants occidentaux ont noté une forte baisse d’activité dans tout l’Etat d’Israël. Ecoles et centre commerciaux ont quasiment fermé, alors que les gares routières et les grandes usines sont sur le qui-vive. Des agents en uniforme scrutaient les passagers dans les arrêts des autobus. Gaza, le mardi, était aussi une ville morte. La plupart savent qu’au delà de l’assassinat, c’est désormais les promesses du retrait israélien de la bande de Gaza qui sont remises en cause.
Dans le monde, le flot des condamnations se poursuivent, à l’exception des USA, où le Pentagone, pour toute déclaration, s’est dit «troublé» et «préoccupé» par les risques d’escalade dans la région. D’ailleurs, la presse arabe du Golfe s’en est prise vivement aux USA. « Israël n’aurait jamais assassiné Ahmed Yassine sans le soutien et la bénédiction des USA », écrit le quotidien émirati «Al Khaleej », alors que son confrère «Al Watan» critique l’attitude passive de Washington.
De son côté, «Al Ahram», en Egypte, s’interroge sur le bien-fondé des déclarations de la Maison blanche qui se dit ne pas avoir été au courant du projet israélien d’assassiner Ahmed Yassine. «Si Israël a commis ce crime sans en avoir avisé préalablement Washington, la Maison Blanche se doit alors de condamner ce meurtre si elle est sérieuse dans sa lutte anti terroriste ».
En réaction aux critiques, l’ambassadeur israélien en poste au Caire, a opéré une sortie médiatique contre le journal gouvernemental égyptien, «Al Akhbar», accusant le rédacteur en chef de publier des mensonges et d’inciter à la haine. Réplique du journal : «cette lettre est tâchée du sang des martyrs et des innocents ». L’Egypte, premier pays arabe à conclure la paix avec Israël, a annoncé lundi qu’elle boycotterait les célébrations du 25e anniversaire du traité de paix de mars 1979 organisé à Jérusalem.
Dans tous les pays arabes, à l’indignation, se mêlait la colère. Les réactions sont venues de tous les pays, y compris de l’Irak où, mardi, à Falloujah, une ville du triangle sunnite à l’ouest de Baghdad, les magasins, les écoles et les administrations sont restés fermés en signe de protestation. Pour la Malaisie, pays membre de la Ouma islamique, « Israël a commis un acte de terrorisme d’Etat (…) Cela ne peut qu’accentuer encore le cycle de violence mortelle et accroître la tension », selon une déclaration du ministère des Affaires étrangères citée par l’agence officielle Bernama. En Russie, alors que le Kremlin condamne, le quotidien «La Gazette indépendante», titrait: Israél ouvre le feu au Proche-Orient sous la férule de Sharon. Sur le plan diplomatique, après la condamnation sans appel de l’Union européenne et de la Grande Bretagne, Israél se retrouve au banc des accusés. De l’analyse de certains observateurs, l’assassinat du Cheikh ne serait qu’une répétition générale pour le Mossad dont la cible rêvée a toujours été Arafat.

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