Histoire des services : Echelon : les grandes oreilles de la NSA (3)

Les Américains affirment que la communauté du renseignement a toujours fait du renseignement économique et ce, pour trois raisons: suivi des biens à double usage, respect des sanctions économiques et utilisation de méthodes frauduleuses de la part d’entreprises ou de gouvernements étrangers. Il n’a jamais été question de recueillir des secrets technologiques au profit d’entreprises américaines. Pour résumé, à Washington, on répète qu’il n’est pas question d’espionner pour Chrysler ou Exon, que cela nuirait à la libre concurrence. Mais on ajoute que les services secrets peuvent aider les compagnies américaines dans un cas : pour dénoncer les pots-de-vin qui permettent à des firmes étrangères d’obtenir des gros contrats aux dépens de firmes américaines.
1950-60 : Opération Shamrock
Durant les années 50, les compagnies de télégraphe américaines, la Western Union en particulier, remettaient tous les soirs à un officier de l’agence une copie de l’ensemble du trafic qui entrait aux Etats-Unis ou en sortait.
Cette activité resta complètement inconnue pendant 30 ans, jusqu’à ce que des enquêtes soient diligentées autour de l’affaire du Watergate. Le 8 août 1975, le directeur de la NSA, le lieutenant Général Lew Allen admet au «Pike Committes» que «la NSA intercepte systématiquement toutes les communications internationales, qu’elles soient aériennes ou par le câble»
Légalement, les législateurs américains considèrent de telles opérations comme étant anticonstitutionnelles. En 1976, le département de la Justice se livre à une étude sur les possibles «criminal offences» de la NSA.
Mais, selon un proche de la NSA, « le patriotisme et l’intérêt bien compris font céder n’importe quelle entreprise sollicitée par la NSA, explique un ancien de la maison. C’est pourquoi je suis sûr que le nouveau réseau mondial de téléphonie mobile, Iridium, qui permet de téléphoner de n’importe où, est déjà sous la coupe de la NSA. Pourquoi ? Par ce que les deux promoteurs principaux de l’entreprise sont de très importants fournisseurs de l’agence, qui, je vous le rappelle, dispose d’un budget d’au moins 50 milliards de francs…  »
1990 : Koweït
En juillet 1990, les satellites Keyhole ont vu le déploiement des troupes irakiennes à la frontière du Koweït. Le 27, six jours avant l’invasion, les capteurs infrarouges ont même repéré les camions militaires transportant de l’eau, du gasoil et des munitions.
1991 : Ex-URSS
Le lundi 19 août 1991, à Moscou, ulcérés par la décomposition de l’empire soviétique, les chefs du KGB et de l’Armée rouge prennent le pouvoir au Kremlin. Ils prétendent que Mikhaïl Gorbatchev est soudainement tombé  » malade « , qu’il est  » incapable  » de diriger le pays et qu’il se repose dans sa datcha en Crimée.
George Bush fait une première déclaration ambiguë, dans laquelle il ne condamne pas les putschistes. Le directeur de la CIA vient de lui montrer les photos du satellite espion qui suit tous les faits et gestes de Gorbatchev : ce dernier est en réalité prisonnier dans sa maison, il lui est impossible de rentrer à Moscou.
Le nouveau pouvoir va peut-être réussir à s’installer. Bush veut ménager l’avenir.
Quelques heures plus tard, le ton change radicalement : Bush dénonce violemment le pronunciamiento et refuse de reconnaître les usurpateurs du Kremlin.
Entre les deux déclarations, la NSA lui a fait parvenir un nouveau rapport : elle a intercepté et décodé toutes les discussions téléphoniques entre les chefs rebelles. Ils y apparaissent divisés, peu sûrs d’eux. Plus grave : les commandants régionaux de l’armée soviétique ne les suivent pas, la plupart refusent même de répondre à leurs appels téléphoniques. Avant tout le monde, Bush sait donc que le coup d’Etat ne réussira probablement pas.

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