Histoire des services : Echelon : les grandes oreilles de la NSA (4)

1992-98 : Lopez
La NSA découvre la trahison d’un dirigeant de General Motors, Lopez, qui a vendu à Volkswagen d’importants secrets commerciaux.
Comment ? Un ancien de l’agence explique :  » La NSA suit avec beaucoup d’attention tous les mouvements de fonds dans les banques suisses. Un jour, elle a découvert que ce Lopez cherchait à placer une fortune. Rien de plus simple, alors, que de remonter au généreux donateur, Volkswagen. « 
La NSA a ainsi intercepté, par le biais de la station de Bad Aibling une vidéo conférence entre le directeur de VW, F. Piëch et Lopez. Les éléments de celle-ci sont transmis à General Motors et à Opel. Les charges sont suffisantes pour que le ministère public ouvre une enquête. L’enquête révèle que Lopez et trois de ses collaborateurs transmirent des documents et des données des secteurs de la recherche, de la planification, de la fabrication et des achats (concrètement, il s’agit de documents relatifs à une usine en Espagne, d’informations relatives au coût des différents modèles, d’études de projets, de stratégies d’achat et d’économies). En 1998, l’action en justice est suspendue. Intervient alors un règlement à l’amiable entre les deux groupes. Lopez démissionne de ses fonctions de directeur de VW en 1996 ; il verse 100 millions de $ à GM/Opel (prétendus frais d’avocats) et achète durant 7 ans des pièces de rechange pour un total de 1 milliard de dollars.
1994-95 : Airbus
Dans le cadre d’un contrat d’achat d’avions de 6 milliards de $ entre Airbus et la compagnie d’Arabie Saoudite, la NSA a intercepté les fax et les communications téléphoniques – transitant par satellites de communications – entre les deux partenaires. Les informations ainsi collectées sont transmises à Boeing et Mc Donell-Douglas. Ce dernier obtient le marché. Au passage, aurait été mise au jour une manoeuvre de corruption d’Airbus (pots-de-vin à des membres de la commission chargée d’attribuer le marché) qui empêcha le consortium européen de dénoncer ce procédé et/ou qui justifia l’action des Américains au regard du comportement déloyal des Européens.
1994: Thomson-CSF
En 1994, la NSA a intercepté des appels téléphoniques entre Thomson-CSF et le Brésil pour le projet SIVAM, un système de surveillance de la Forêt Amazonienne de 1,3 milliards de USD.
Thomson était, bien entendu, soupçonné d’avoir « acheté les membres stratégiques du gouvernement brésilien ». Conclusion, le contrat fut remporté par Raytheon Corporation qui annonça peu de temps après : « le Département du Commerce Américain a travaillé durement pour soutenir l’industrie US dans ce projet ». Au passage, la société Raytheon assure la maintenance et l’ingénierie de la station de Sugar Grove.
Pourtant, en novembre 1995, quelque temps après cet épisode, la presse brésilienne publiait des transcriptions d’écoutes téléphoniques, probablement réalisées par la NSA, mettant en cause les tentatives de corruption d’un officiel brésilien par… Raytheon.
Ainsi, la NSA aurait informé la Maison-Blanche du montant des dessous-de-table versés par l’entreprise française à des responsables brésiliens, et Bill Clinton serait personnellement intervenu auprès de Brasilia pour retourner la situation. Signalons tout de même qu’au cours de la seule année 1998, Thomson-CSF et Raytheon se sont alliés pour remporter trois contrats: équipements radio pour la Royal Air Force, sonars pour l’US Navy et radars pour l’armée helvétique. De plus, depuis le début de l’année 2000, un certain Lord Roger Norman Freeman, 57 ans, fait partie du Conseil d’administration de Thomson-CSF. Et ce, suite au rachat d’une société de défense d’Irlande du Nord qu’il dirigeait, Short Missile Systems. Or la notice biographique de Lord Roger précise qu’il était « ministre Defence procurent » du gouvernement britannique entre 1994 et 1995.Le fait que ce haut fonctionnaire de Sa Majesté occupait ce poste au moment de l’affaire Sivam reste, bien entendu, pure coïncidence.

• Préparé par Omar Dahbi

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