Il était une fois Toumaï…

On connaissait Lucy, Abel, Orrorin. Il y a à présent Toumaï, dont le seul crâne aux dents noircies et au front très proéminent découvert en juillet 2001, lui a permis de devenir le plus vieil hominidé jamais découvert à ce jour. Quand il l’a présenté mercredi soir, Michel Brunet, professeur à l’Université de Poitiers et directeur de la Mission paléoanthropologique franco-tchadienne (MPFT), a d’ailleurs déclaré qu’à partir de cet instant, l’ancêtre de l’humanité était Tchadien.
«Le berceau de l’humanité se trouve au Tchad», a-t-il affirmé au président du pays Idriss Deby qui, peu fier de cet héritage, lui a répondu: «Toumaï est notre ancêtre». Le chef d’Etat a alors expliqué que l’appellation de cet hominidé -«espoir de vie» en goran- lui avait été donnée en hommage à l’un de ses camarades de combat. Toumaï, son ami, était un rebelle qui vivait dans le nord du pays et qui est mort en l’aidant à organiser le putsch de 1990 contre Hissen Habré.
Tamaï, le fossile, a lui aussi été découvert dans le nord du Tchad. Et son âge -entre six et sept millions d’années-, son apparence, comme l’emplacement du crâne, bouleversent aujourd’hui toutes les hypothèses concernant l’évolution des premiers ancêtres de l’homme. Toumaï a même été classé dans une toute nouvelle espèce : le « Sahelanthropus tchadensis » (homme du Sahel tchadien). Trouvé en surface – la région étant l’objet de fréquentes tempêtes de sable qui dévoilent les niveaux fossilifères – son âge n’a pu être obtenu par analyse directe mais grâce aux restes d’animaux (carnivores, éléphants, hippopotames…) trouvés sur d’autres sites.
Les chercheurs s’accordent en tout cas à dire qu’il serait d’un million d’années plus vieux que les autres fossiles trouvés à ce jour. «Toumaï est sans doute la plus importante découverte de mémoire d’homme, rivalisant avec la découverte du premier homme-singe, il y a 77 ans, fondatrice de la paléo-anthropologie moderne», soulignait même jeudi Henry Gee, spécialiste de la discipline à la revue Nature. Le journal scientifique britannique rappelait par ailleurs que les premières traces sérieuses d’hominidés (membres de la famille humaine) distincts de des singes, remontaient jusqu’ici à cinq millions d’années. Selon lui, Toumaï mélange des éléments primitifs et avancés. Sa boîte crânienne ressemble à celle d’un singe mais le visage est plus petit et les dents, en particulier les canines, sont plus semblables à celles d’un humain.
Plusieurs experts ont par ailleurs souligné l’importance du lieu de la découverte, l’emplacement de Toumaï remettant en cause la théorie d’un berceau de l’humanité autour de la grande vallée du Rift, à l’est du continent. Cette hypothèse, présentée en 1980 par Yves Coppens, professeur au Collège de France, est basée sur cette gigantesque barrière séparant le continent africain. Selon lui, les primates de l’Est se seraient transformés petit à petit en hommes, tandis que leurs cousins, restés dans les forêts de l’ouest, auraient évolué en gorilles ou chimpanzés. La découverte en 1974 de l’australopithèque Lucy, vieille de 3,2 millions d’années, au Kenya était venue étayer cette théorie. Mais Abel, vieux de 3 à 3,5 millions d’années et trouvé en 1995 à Koro-Toro, au Tchad, et maintenant Toumaï ont vécu à plus de 2.500 km à l’ouest de «ce mur de l’évolution» !

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