Immigration : Madrid hausse le ton

Un haut dirigeant socialiste espagnol a évoqué, lundi pour la première fois, la nécessité d’un coup de frein à l’immigration en Espagne, arguant de la saturation d’un marché du travail qui a absorbé deux millions d’émigrants en dix ans de croissance économique à marche forcée.
«Nous estimons que le marché du travail espagnol a absorbé ce qu’il pouvait», a déclaré le numéro deux du Parti socialiste espagnol (PSOE, au pouvoir), José Blanco, au quotidien de centre-gauche "El Pais". «L’entrée illégale en Espagne ne peut conduire à la régularisation. A un moment donné, il faut fixer une limite», a ajouté José Blanco, excluant toute nouvelle régularisation massive d’immigrants. Ce responsable a même estimé que "l’immense majorité" des quelque 800.000 étrangers actuellement en situation irrégulière en Espagne "devront être expulsés", discours inédit au sein de la gauche espagnole.
Ce net changement de ton intervient alors que le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero s’est placé dans une situation délicate vis-à-vis de ses partenaires européens sur le dossier de l’immigration. Depuis plusieurs semaines, il réclame avec insistance la solidarité de l’Union européenne (UE) pour tenter de contrôler un déferlement sans précédent de clandestins africains sur les côtes de l’archipel des Canaries.
Mais il se heurte aux critiques de pays comme l’Allemagne ou la France sur sa politique libérale d’immigration. Le ministre conservateur français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, chantre d’une immigration contrôlée et "choisie", s’en est pris vendredi indirectement aux processus de régularisations menés ces dernières années en Espagne et en Italie, lors d’un voyage à Bruxelles.
«Que les Etats qui se sont livrés à des régularisations massives sans demander l’autorisation ou même l’avis de leurs partenaires ne s’étonnent pas aujourd’hui de se retrouver en première ligne des flots de clandestins massifs», a lancé le futur candidat à l’élection présidentielle française. En 2005, le gouvernement Zapatero a régularisé quelque 580.000 immigrants irréguliers lors d’un processus "exceptionnel", s’attirant les critiques de pays comme l’Allemagne, et celles de son opposition de droite qui l’a accusée de créer un "effet d’appel" à l’immigration.
L’Espagne, qui connaît l’un des plus forts taux de croissance économique de la zone euro, a vu en 10 ans l’immigration multipliée par dix, un phénomène entamé sous les gouvernements conservateurs de José Maria Aznar (1996-2004).
Entre 1996 et 2006, le nombre d’étrangers légalement installés dans le pays est passé de 257.000 personnes à quelque 2,8 millions. Dans le même temps, l’Espagne est parvenue à réduire sensiblement un taux de chômage qui se rapprochait au 2e trimestre 2006 (8,43% de la population active) de la moyenne de la zone euro (7,8% en juillet). Ces étrangers, principalement Marocains, Latino-américains et ressortissants des anciens pays européens du bloc de l’Est, se sont facilement intégrés à une économie florissante, dopée par le boom de la construction.
«Tout le monde sait que l’économie espagnole a besoin de main-d’œuvre et que l’immigration influe (positivement: ndlr) sur la croissance économique», nuance José Blanco dans son entretien à "El Pais". «Mais aujourd’hui le marché du travail ne permet pas de les absorber», ajoute-t-il aussitôt. Demandeur d’aide et accusé de laxisme en Europe, le gouvernement espagnol est confronté à une opinion intérieure de plus en plus sourcilleuse. À la faveur de la crise des Canaries, l’immigration clandestine s’est hissée au premier rang des préoccupations des Espagnols. Selon un récent sondage, 89% jugent qu’"arrivent trop d’immigrants en Espagne".

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *