Initiative de Genève: le Consensus

Les quotidiens israéliens ont publié les photos de MM. Omri Sharon et Jibril Rajoub discutant ensemble à l’aéroport Ben-Gourion près de Tel-Aviv avant leur départ. Omri Sharon, député du Likoud, le parti de droite dirigé par son père, est accompagné de deux importants responsables du ministère des Affaires étrangères et de la Défense, respectivement Gidéon Meïr et Amos Gilad ainsi que par deux députés de l’opposition travailliste, Ephraïm Sneh et Yitzhak Hertzog, a ajouté la radio. Cette rencontre a lieu peu avant la présentation officielle, prévue pour lundi, de l’Initiative de Genève, projet de plan de paix non-officiel mis au point par des personnalités israéliennes et palestiniennes, qui va être lancé, la semaine prochaine, dans la ville suisse qui lui donne son nom. Les pays arabes craignent que cette initiative ait peu d’effet en raison de l’extrémisme de Sharon, alors que les Etats-Unis estiment qu’elle constitue un effort louable de dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Selon le plan, les Palestiniens devraient récupérer pratiquement toute la Cisjordanie alors que la souveraineté serait partagée à Jérusalem. En contrepartie, les Palestiniens renonceraient de facto au droit au retour en Palestine de quelque 3,8 millions de réfugiés palestiniens. Les Palestiniens se sont efforcés, depuis la rédaction de l’accord, d’obtenir le soutien des pays arabes à cette initiative. M. Abed Rabbo, ancien ministre des Affaires étrangères a adressé des messages à plusieurs ministres arabes demandant leur appui à cette initiative «qui redonne espoir aux deux parties». «Je crois qu’il y a un grand mouvement en Israël qui estime que Sharon va dans le mauvais sens. Ce plan offrira à la société israélienne un autre chemin vers la paix», écrit M.Abed Rabbo. À analyser l’évolution de l’opinion israélienne, on constate en effet que l’initiative intervient à un moment où d’importantes personnalités israéliennes, notamment impliquées dans les domaines de la sécurité et de l’armée, commencent à dénoncer la politique extrémiste de Sharon. En outre, l’Administration Bush fait des clins d’oeil de plus en plus insistants à l’Initiative de Genève, ce qui lui donne davantage de poids. En envoyant quelques signes bienveillants aux auteurs de ce plan, Washington souhaite avant tout réaffirmer son intérêt pour une reprise des discussions entre Israéliens et Palestiniens. Mais, les Etats-Unis prennent soin aussi de ne pas faire d’ombre à la «feuille de route», le plan de paix international qu’ils ont avalisé. Le principal commentaire officiel est venu du secrétaire d’Etat Colin Powell qui a déclaré qu’il «appréciait les efforts pour promouvoir une atmosphère d’espoir », en réaction à l’Initiative de Genève. Cette initiative tient sa valeur du fait qu’elle aborde en détail les points les plus délicats d’un règlement de paix ( colonies de peuplement, statut de Jérusalem, droit au retour des réfugiés, etc) et adopte une approche minutieuse qui rappelle celle qui prévalait lors des négociations parrainées par l’ex-président Bill Clinton. La «feuille de route», qui compte tant à l’Administration Bush et élaborée par Washington avec la Russie, l’Union européenne et les Nations unies, met plutôt l’accent sur une approche par phases devant aboutir à la création d’un Etat palestinien souverain fin 2005,laissant aux deux parties le soin d’en discuter les modalités pratiques. Cette approche fait surtout le jeu d’Ariel Sharon, car elle lui permet de manoeuvrer à sa guise pour renvoyer aux calendes grecques les échéances les plus urgentes, telles que stipulées par la «feuille de route». Mais, même si cette «feuille de route» est carrément moribonde, il est très difficile pour Bush et son Administration de se saborder en donnant l’impression, dans le même temps, de parrainer ouvertement une initiative aussi louable soit-elle et de vouloir ranimer cette même «feuille de route». Malgré tout, Washington devrait être représentée lors de la cérémonie de signature de l’Initiative de Genève dont les promoteurs devront se prévaloir du ferme soutien de personnalités aussi marquantes que le prix Nobel de la paix, Jimmy Carter et le président Bill Clinton.

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