Irak : Blix désavoue les USA

Irak : Blix désavoue les USA

« Je ne pense pas » que la guerre en Irak était justifiée, a estimé M. Blix en réponse à une question, ajoutant qu’Américains et Britanniques « auraient pu attendre et continuer avec les inspections pendant quelques mois ». « La patience qu’ils (Washington et Londres) demandent aujourd’hui pour eux, ce n’est pas quelque chose qu’ils étaient prêts à nous accorder » avant la guerre, a-t-il poursuivi. Selon Hans Blix, Américains et Britanniques ont, en fait, « exagéré », sur-interprété, les informations des services de renseignements: « ils étaient convaincus que Saddam » (Hussein) développait des armes de destruction massive (ADM) mais « je crois que c’est compréhensible vu le passé de cet homme », a reconnu l’ancien diplomate suédois. « Au Moyen Age déjà, quand les gens étaient convaincus qu’il y avait des sorcières, ils les cherchaient et les trouvaient », a-t-il ironisé. Poursuivant sur ce thème, Hans Blix a analysé plus précisément le dossier sur l’arsenal irakien publié par le gouvernement britannique le 24 septembre 2002, « avec cette fameuse mention des 45 minutes » (le délai censé être nécessaire au régime de Bagdad pour déployer ses armes chimiques et biologiques): « si on lit bien le texte, j’ai l’impression que son objectif était de conduire, de mener le lecteur vers des conclusions qui vont au-delà du sens réel du document ». « Ce qui est, en fait, en accusation ici, c’est la culture du +spin+ (manipulation de l’information), du battage médiatique », a insisté l’ancien chef des inspecteurs en désarmement des Nations Unies: « les publicitaires vont faire la publicité d’un réfrigérateur dans des termes que nous ne croyons pas vraiment, mais nous attendons des gouvernements qu’ils soient plus sérieux et plus crédibles », a-t-il plaidé. « Je comprends qu’ils aient besoin de simplifier les choses quand ils les expliquent, mais néanmoins nous attendons d’eux d’être crédibles », a asséné Hans Blix. Revenant sur la réunion du Conseil de sécurité du 7 mars, avant l’entrée en guerre en Irak, l’ancien diplomate a estimé avoir été snobé par les Américains et les Britanniques: « leur réponse, plus ou moins, était ‘vous êtes de gentils garçons, mais vous n’avez pas toutes les informations des services de renseignements' ». Selon Hans Blix, pourtant, Washington et Londres devraient admettre, eux-aussi aujourd’hui qu’il n’y avait sans doute pas d’ADM en Irak: « ils ont eu tout le temps nécessaire pour interroger des gens qui n’étaient plus intimidés, ils ont pu aller partout mais n’ont rien trouvé ». « C’est pourquoi je penche de plus en plus vers la conclusion qu’il n’y en a aucune, a-t-il conclu. Et je pense que Britanniques et Américains penchent aussi vers cette conclusion ». « Je suis de plus en plus convaincu que l’Irak a, comme il l’affirme, détruit presque tout ce qu’il possédait à l’été 1991 », avait déclaré Hans Blix mercredi à la radio nationale australienne. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont décidé de reporter à une date indéterminée la publication d’un rapport complet sur les ADM irakiennes, toujours introuvables, a affirmé dimanche l’hebdomadaire britannique Sunday Times. Au cours de recherches menées ces quatre derniers mois, le Iraq Survey Group (ISG), une équipe anglo-américaine composée de 1.400 scientifiques, experts militaires et du renseignement, n’a pas été en mesure d’apporter la moindre preuve de l’existence d’armes chimiques ou biologiques en Irak, selon ce journal. Selon le Financial Times de jeudi, le rapport de l’ISG pourrait être rendu public dans les deux prochaines semaines. En parallèle Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont réaffirmé jeudi dernier, en prélude à la présentation d’une « initiative de croissance » franco-allemande, une quasi-identité de vues sur les grands dossiers européens et internationaux du moment, a-t-on indiqué de source française. Lors d’un entretien, le Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, le président français et le chancelier allemand ont notamment estimé que la situation en Irak était « grave » et comportait des « risques de dégradation réels ». Dans l’entourage du président Jacques Chirac, on affirme que la France et l’Allemagne ont une « analyse commune » de la situation et de la nécessité d’éviter que l’Irak s’enfonce dans le chaos. Paris et Berlin prônent le passage rapide à une solution politique fondée sur la reconnaissance de la souveraineté irakienne et le transfert progressif de la gestion du pays aux Irakiens.

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