Irak : La barbarie continue

Irak : La barbarie continue

«Mon pauvre fils a été tué par le gouvernement», ce sont là les premiers mots prononcés par la mère de Kim Sun-II, une fois tombée la nouvelle de sa mort. Les télévisions du monde entier ont montré les images d’une famille déchirée par une situation qui la touchait de près, sans pour autant avoir les moyens de la gérer.
La mère, comme l’ensemble de la communauté sud-coréenne, estiment que le gouvernement endosse l’entière responsabilité de la perte d’un des leurs. En effet, la majorité des Sud-Coréens étaient opposés à l’envoi de troupes en Irak (660 personnes non-combattantes).
Aujourd’hui encore, ils affichent la même réticence quant au prochain envoi, au mois d’août, de 3000 soldats à destination de l’Irak. Pour le président Roh Moo-Hyun, le déploiement de troupes sud-coréennes en Irak a des visées humanitaires, de reconstruction et de réconciliation, loin de toute tentative malveillante vis-à-vis du pays et de ses habitants. Le corps de Kim Sun-II a été retrouvé dans les environs de Bagdad, sur la route menant à Falloujah, par des militaires américains. Affirmant appartenir au réseau d’Abou Moussab Al-Zarqaoui, ses ravisseurs avaient lancé un ultimatum à la Corée du Sud, pour que celle-ci retire ses troupes basées en Irak, tout en renonçant à l’envoi des 3000 soldats prévus en renforts.
Ce nouvel arrivage classerait la Corée du Sud en troisième place, en effectifs, parmi les pays occupants, après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il est à souligner que ce nouveau déploiement avait fait l’objet de plusieurs reports et son approbation aura suscité de vifs débats au sein du Parlement. Ce nouvel assassinat a eu pour effet de renforcer les rangs des opposants à la présence sud-coréenne en Irak. Aussi, une motion demandant l’annulation du déploiement en question a été déposée au Parlement.
«J’ai souligné à plusieurs reprises que le déploiement des troupes n’a pas pour but un engagement dans des activités hostiles contre l’Irak ou d’autres pays arabes, mais d’aider à la reconstruction et la réconciliation», avait souligné le président sud-coréen, après l’annonce du décès de Kim Sun-II, dans une déclaration reprise par l’AFP.
Kim Sun-II aura ainsi payé un lourd tribut suite à l’engagement de son pays en Irak. Son enlèvement et son exécution ont été attribués à «Attawhid wal jihad», le même groupe qui avait revendiqué la décapitation, au mois de mai, de Nicholas Berg, l’otage américain.
Les ravisseurs avaient fixé, dimanche dernier, l’ultimatum à 24 heures pour le retrait des militaires sud-coréens de l’Irak. «Attawhid wal jihad», qui multiplie les sorties ces derniers jours, aura été derrière plusieurs opérations. Le groupe avait revendiqué l’assassinat d’Ezzedine Sélim, l’ancien président du Conseil de gouvernement transitoire irakien, tué le 17 mai dans un attentat à Bagdad.
D’ailleurs, Attawhid wal jihad vient de faire parvenir une bande sonore dans laquelle son chef, Abou Moussab Al-Zarqaoui, profère des menaces de mort contre Iyad Allaoui, Premier ministre du gouvernement intérimaire irakien.
«Oh, toi Allaoui, le «Premier ministre élu démocratiquement», tu as échappé maintes fois, sans le savoir, à des embuscades bien organisées que nous t’avons tendues (…) Mais nous nous engageons à aller jusqu’au bout, sans relâche pour te faire connaître le même sort qu’Ezzedine Sélim», peut-on entendre sur la bande sonore selon l’AFP.
L’imminence du transfert du pouvoir aux Irakiens est ainsi accompagnée d’une recrudescence sans précédent de la violence, à l’image des récentes exécutions par décapitation. Une nouvelle méthode de dissuasion, ayant fait son apparition depuis quelques mois, mais qui a pris des dimensions énormes. Les premiers rapts se limitaient à une période de séquestration et quelques otages, notamment italiens et japonais, avaient pu recouvrer la liberté et la mésaventure avait fait plus de peur que de mal. Ce qui n’est, malheureusement, plus le cas aujourd’hui.

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