Irak : Laisser le temps au temps

«Trois mois d’inspections ne suffisent pas pour dresser un bilan définitif sur le désarmement de l’Irak», a encore déclaré mercredi un des inspecteurs en désarmement de l’ONU, Rolf List, se mêlant ainsi aux nombreuses voix qui réclament un délai supplémentaire.
Interrogé par le quotidien suisse Basler Zeitung, ce membre de l’équipe Blix a estimé qu’ aucun «colt fumant» n’avait été jusque-là découvert en Irak. «Il y a tant d’installations que l’on doit contrôler, qu’il n’est pas possible de parvenir plus vite à un jugement définitif», a ajouté M. List. A quelques jours du nouveau rapport décisif du chef des inspections, Hans Blix, tous les débats portent actuellement sur cette problématique du temps dont doivent disposer les deux missions onusiennes, la COCOVINU et l’AIEA, avec lesquelles l’Irak continue de coopérer. Mardi, la plupart des orateurs intervenus devant le Conseil de sécurité sur l’Irak se sont prononcés en faveur d’une prolongation des inspections et contre la guerre.
Lors de leur allocution publique, les vingt-huit intervenants sur les 47 inscrits (les 19 restants devaient s’exprimer mercredi) ont aussi souligné le rôle prédominant de l’ONU dans cette crise, mettant les Etats-Unis en garde contre toute action militaire unilatérale. Une donnée qui accroîtrait, selon eux, les tensions internationales et compromettrait l’avenir des Nations Unies elles-mêmes. C’est ce qu’a aussi souligné mercredi le secrétaire général de l’instance, Kofi Annan. «Si certains (…) engagent une action sans l’aval du Conseil, la légitimité de cette action sera largement mise en cause et elle n’obtiendra pas le soutien politique requis pour assurer son succès à long terme, une fois la phase militaire achevée» a-t-il écrit dans une tribune publiée par le quotidien français «Le Monde». Et le responsable de préciser que «l’Organisation des Nations Unies, fondée pour préserver les générations futures du fléau de la guerre, a le devoir de rechercher une solution pacifique jusqu’au tout dernier moment». Et ce moment est, selon M. Annan, venu puisque les membres du Conseil de sécurité doivent se prononcer sur la seconde résolution proposée par Londres, Washington et Madrid dans les prochains jours.
Voué à l’échec par les promesses de veto faites par la France et la Russie, ce projet s’orientait mercredi vers un compromis. Le groupe des six pays «indécis», courtisés par les deux camps, se sont mis d’accord pour réclamer plusieurs amendements à la résolution. La Guinée, l’Angola, le Cameroun, le Chili, le Mexique et le Pakistan, ont eux-mêmes proposé de repousser l’ultimatum donné à l’Irak, de 30 à 45 jours. «Pas question», a répondu la Maison-Blanche, contraignant ainsi cinq des six «arbitres» du Conseil -l’Angola étant toujours incertain- à s’abstenir ou voter contre le jour «J». Si elle isole et discrédite les Etats-Unis sur le plan international, cette idée de compromis fait surtout apparaître des fractures entre Londres et Washington, la première y étant favorable.
Au point que le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld a malencontreusement déclaré mardi que son pays pourrait se passer de cet allié. Depuis, les mises au point ont circulé pour tenter de sauver la face d’une alliance qui coûte très chère à la Grande Bretagne, sur le plan européen, et à Tony Blair, sur le plan interne.
La pression est tout aussi forte du côté de l’Espagne où José Maria Aznar est de plus en plus contesté. Sa ministre des Affaires étrangères, Anna Palacio, a même finalement émis l’espoir mercredi de parvenir à un «désarmement pacifique» de Saddam Hussein.

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