Irak : L’Amérique coupée du monde

Mercredi, à deux jours du rapport que doit présenter le chef des inspections en désarmement, Hans Blix, devant l’ONU, le secrétaire d’Etat américain a lancé sa contre-attaque. Selon lui, Bagdad a ordonné la poursuite de la fabrication de ses missiles Al-Samoud 2, tout en voulant faire croire à l’ONU qu’il entendait coopérer.
Comme lors de son réquisitoire devant le Conseil de sécurité, le 5 février, Colin Powell a avancé des «preuves». «D’après les renseignements dont nous disposons, nous savons que le régime irakien n’a l’intention de déclarer et de détruire qu’une partie de son arsenal de missiles Al-Samoud. Le régime a, en fait, ordonné de continuer la production des missiles (…). Il a également commencé à cacher le matériel pouvant être utilisé pour transformer d’autres types de moteurs aux fins d’équiper les al-Samoud », a-t-il déclaré.
Quelque 28 de ces missiles – sur les 120 recensés en Irak – ont été détruits entre samedi et jeudi sous le contrôle de la mission onusienne. Mais selon le chef de la diplomatie américaine, tout cela n’est que du «bluff» : «Rien de ce que nous ayons constaté depuis l’adoption de la résolution 1441 ne laisse penser que Saddam Hussein ait pris la décision stratégique et politique de désarmer». Donc ? «Saddam Hussein sera désarmé. La seule question pour nous désormais est quand». Autant dire que le rapport que M. Blix doit présenter vendredi est inutile.
Le chef de la COCOVINU a pourtant estimé, mercredi, que Bagdad faisait preuve d’«une coopération accrue». Il s’est prononcé en faveur d’un prolongement des inspections pour «plusieurs mois», estimant que la destruction en cours des missiles prohibés était «la plus spectaculaire, la plus importante et la plus tangible» preuve d’un «véritable désarmement». Des déclarations qui constituent un plébiscite de taille pour le front du refus de la guerre formé par la France, la Russie, l’Allemagne et la Chine. Les deux premières, appuyées par la troisième, ont affirmé mercredi qu’elles «prendraient toutes leurs responsabilités» – donc le veto – au Conseil de sécurité afin de ne pas «laisser passer» un projet de résolution qui autoriserait le recours à la force contre l’Irak.
Relativisée par la Maison Blanche, cette déclaration commune est depuis jeudi soutenue par Pékin. «La Chine ne voit aucune justification à l’adoption d’une nouvelle résolution des Nations unies au sujet de l’Irak et continue de croire à une solution pacifique à la crise», a déclaré Tang Jiaxuan, ministre des Affaires étrangères. A ce «front du refus», s’ajoute un pacifiste de taille : le pape Jean-Paul II lui-même.
Après avoir multiplié les messages contre la guerre, le leader catholique – confession importante aux Etats-Unis – a envoyé mercredi un émissaire que George W. Bush a reçu.
Le cardinal Pio Laghi, ex-ambassadeur du Vatican à Washington et proche de la famille du président, a demandé à son interlocuteur : «Faites-vous tout pour empêcher une guerre injuste», si elle n’est pas consentie par l’ONU? Ce à quoi le président a répondu qu’il considérait que l’usage de la force rendrait le monde meilleur, selon M. Fleischer, son porte-parole. Alors que Londres prépare un «texte de compromis» pour donner un dernier délai aux experts en désarmement, la mise au point est venue de Stephen Rademaker, collaborateur de M. Powell : «Les Etats-Unis n’ont pas juridiquement besoin d’une deuxième résolution du Conseil de sécurité pour lancer une offensive contre l’Irak».

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