Irak : Le marathon diplomatique

Lundi, l’Irak a une nouvelle fois fait preuve de bonne volonté dans sa collaboration avec les Nations Unies en détruisant six missiles Al-Samoud 2, au complexe militaro-industriel au nord de Bagdad. Pas moins de 52 de ces engins d’une portée de 150 km ont été éliminés depuis le 1er mars dernier, sous la supervision des experts onusiens, auxquels s’ajoutent la destruction de 16 ogives, d’un lanceur, de cinq moteurs et de composants du système de guidage et de contrôle.
Ces efforts vont-ils finir par payer avant l’expiration de l’ultimatum fixé par les Etats-Unis au 17 mars? Bagdad s’est lui-même déclaré «résigné» à la perspective d’un conflit. «Nous nous préparons à la guerre, mais en même temps nous travaillons avec la COCOVINU (Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies) et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique)» a indiqué dimanche le général Hossam Mohamed Amine, chargé des relations avec les inspecteurs de l’ONU. Objet des plus vives discussions, la question du désarmement irakien devait être encore abordée lundi au niveau du Conseil de sécurité, où s’opposent les camps, celui de la guerre mené par Washington, Londres et Madrid, et celui de la paix animé par la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie. Autant dire que le temps presse, le vote pouvant être décidé pour ce mardi alors qu’il reste encore un certain nombre d’indécis parmi les membres du Conseil. Isolés au sein de l’instance, les Etats-Unis n’en affichent pas moins leur confiance, le secrétaire d’Etat Colin Powell assurant même pouvoir réunir «9 ou 10 voix sur 15» (il faut neuf voix et aucun veto pour qu’un texte soit adopté par le Conseil de sécurité) le jour J. Une assurance de face qui cache cependant mal la montée en puissance du camp de la paix. Celui-ci est actuellement à la recherche de quelques précieux alliés pour éviter d’avoir recours au veto dont disposent Paris, Pékin et Moscou (les deux autres étant Londres et Washington).
Lundi, le ministre français des Affaires étrangères a tenté de convaincre l’Angola de rallier sa cause. Siégeant au Conseil tout comme le Cameroun et la Guinée, Luanda est toutefois resté favorable aux Etats-Unis. La pression économique est-elle trop forte pour ce pays qui compte pour principal partenaire Washington ?
Autre membre non permanent, le Chili a par contre laissé entendre qu’il pourrait se prononcer pour la voie pacifique, son président Ricardo Lagos ayant estimé dimanche qu’il existait «encore un espace pour parier sur la paix» en Irak. Comme l’ont répété Paris et Moscou, tout semble indiquer qu’une majorité des quinze pays représentés aux Nation Unies «s’opposeront au recours à la force contre l’Irak». Option envisagée et minimisée par Washington, plus préoccupé par l’évolution actuelle en Turquie, son futur front nord, que par les débats onusiens.
L’administration Bush a accueilli avec réconfort la victoire de Recep Tayyip Erdogan à une législative partielle organisée dimanche à Siirt (sud-est). Cette élection va en effet permettre au leader de l’AKP de prendre les commandes du pays et d’autoriser le déploiement militaire américain sur le sol turc, après un nouveau vote du parlement. «Saddam Hussein, s’il ne part pas en exil, doit abandonner ses fonctions» a d’ailleurs estimé M. Erdogan… tout en réclamant de nouvelles assurances de la part des Etats-Unis. Les enchères vont-elles monter ?

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