Irak : Le rapt menace l’humanitaire

Irak : Le rapt menace l’humanitaire

Après les militaires, hommes d’affaires, journalistes ou encore ouvriers, ce sont les représentants d’organisations humanitaires qui sont victimes d’enlèvements en Irak. Mardi dernier, un groupe d’hommes armés de kalachnikovs a fait intrusion dans les locaux de l’ONG italienne « Un pont pour Bagdad » pour enlever, en plein jour, deux jeunes femmes de nationalité italienne. Agées toutes les deux de 29 ans, Simona Pari et Simona Torretta se consacraient aux enfants victimes de la guerre. Leur organisation fait partie d’une dizaine d’autres ONG transalpines actives en Irak. Un collaborateur irakien, travaillant pour leur association, pacifiste et pro-irakienne, ainsi qu’une Irakienne travaillant pour une autre ONG, ont aussi été emmenés sous la menace des armes de ce commando.
Sur un site Internet utilisé par des groupes islamistes, un message signé Ansar al Zawahri (Partisans de Zawahri) a revendiqué la prise d’otages qualifiant les deux Italiennes d’«espionnes». «Nous annonçons que les Moudjahidin ont enlevé les deux espionnes italiennes, qui sont deux criminelles italiennes, et qu’il s’agit de la première attaque des Moudjahidin contre l’Italie», pouvait-on lire dans le communiqué.
Ce rapt a engendré de nombreuses réactions, condamnant toutes ce nouvel acte de violence à l’encontre de civiles en Irak. En Italie d’abord où cet enlèvement embarrasse beaucoup le gouvernement de Silvio Berlusconi. Ce dernier, rentré d’urgence à Rome après l’annonce de cette prise d’otages, s’est réuni mercredi avec les dirigeants de l’opposition du centre-gauche, qui se sont opposés à la présence militaire de l’Italie en Irak. Cette consultation inédite a commencé en fin de matinée au Palais de la présidence du conseil. Le Premier ministre italien a ainsi invoqué «l’unité nationale» pour faire face à cette crise. Une position qui a été différemment accueillie par la presse italienne. « En ces heures dramatiques, c’est une décision sage et responsable (…). L’Italie s’est divisée sur la guerre, elle l’est encore aujourd’hui. Mais en cet instant terrible, on ne peut ni ne doit se diviser », estimait le Corriere della Sera. Sur les colonnes de la Stampa, on pouvait lire qu’« Il n’est pas dit que la collaboration se passe bien », l’article mettant cependant l’action sur les divergences entre la majorité et l’opposition sur la politique de soutien aux Etats-Unis en Irak. Mais tous ont condamné cette nouvelle prise d’otages de citoyens italiens. Pour sa part, la communauté musulmane en Italie a également réclamé que les jeunes femmes soient relâchées. Les indignations ont en outre fusé de plusieurs capitales internationales. Au Vatican, le pape Jean-Paul II a pris part à une prière pour leur libération parmi les fidèles présents à son audience générale. Quant au président sortant de la Commission européenne, l’Italien Romano Prodi, annoncé comme le principal adversaire de Berlusconi aux prochaines élections, a exprimé son indignation et son horreur. Les responsables de plusieurs ONG oeuvrant en Irak ont également fait état de leur inquiétude après l’enlèvement des deux Italiennes. Jean-Dominique Bunel, coordinateur de plusieurs d’entre elles, a estimé mercredi que la plupart des organisations humanitaires internationales présentes en Irak risquaient de se retirer du pays, après l’enlèvement mardi de deux humanitaires italiennes, ajoutant qu’une cinquantaine de personnes seraient concernées.
A signaler que ce n’est pas la première fois que des ressortissants italiens sont la cible d’enlèvements. Il y a de cela une quinzaine de jours, un journaliste italien, Enzo Baldoni, capturé sur la route menant de Bagdad à Najaf, a été exécuté.
Le même sort a été subi par un autre Italien, Fabrizio Quattrocchi, agent de sécurité, qui avait été tué par ses ravisseurs le 14 avril. A rappeler également que la présence italienne sur le sol irakien compte 3.000 militaires et gendarmes, installés essentiellement dans le Sud de l’Irak, employés à des tâches de pacification et de reconstruction. L’Italie maintient aussi, malgré les risques, une présence de sa Croix-Rouge à Bagdad.

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