Irak : Le scandale des détenus torturés

Irak : Le scandale des détenus torturés

Les mauvais traitements sont « systématiques », a reconnu l’armée américaine dans un rapport dont des extraits sont publiés dans la presse américaine, et la Maison-Blanche a annoncé que le président George W. Bush avait demandé de punir les militaires impliqués. Pourtant, pour le général Richard Myers, chef d’état-major américain interarmées, qui a fait la tournée des chaînes de télévision pour défendre la réputation de l’armée, ces actes sont isolés.
La réaction du général est considérée comme réplique contre le magazine «New Yorker». Ce dernier, dans son édition datée de lundi, évoque la détention d’un rapport interne de l’armée américaine de 53 pages portant sur des exactions qui auraient été commises dans la prison d’Abou Gharib, près de Bagdad. « Briser des ampoules et répandre le liquide phosphorique sur les détenus ; battre les détenus avec un manche à balai et une chaise ; menacer de viol les détenus masculins ; autoriser un agent de la police militaire à recoudre la plaie d’un détenu blessé parce que projeté contre le mur de sa cellule ; sodomiser un détenu avec une lampe chimique, voire un manche à balai ». Le « Los Angeles Times » a également publié lundi des extraits du même rapport écrit par le général Antonio Taguba et étiqueté « Secret//pas de diffusion à des étrangers ».
Celui qui a élaboré ce rapport ne semble pas parler dans le vide. En effet, le général Antonio Taguba affirme détenir des témoignages détaillés et des photos très expressives. La générale de réserve, Janis Karpinski, chargée de la gestion du système pénitentiaire militaire américain en Irak et qui a été suspendue de ses fonctions, a également accusé le renseignement militaire. Janis Karpinski « attribue la plupart des sévices qui se sont produits à Abou Gharib au renseignement militaire et a affirmé que le renseignement militaire avait donné à la police militaire des «idées» qui ont conduit aux sévices sur des prisonniers», écrit le général Taguba.
Dans son rapport, ce dernier a constaté notamment le manque «d’instruction ou de formation fournie à la police militaire sur les règles d’application de la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre». Il a également souligné des facteurs psychologiques liés notamment à la différence de culture. Des propos mis en doute par le général Myers : «Je n’ai pas eu connaissance de ce rapport», a-t-il déclaré sur ABC. « Ce genre de compte rendu peut souvent être très erroné.». Mais prié de dire s’il pouvait être certain que la torture n’était pas « systématique », y compris sur la base de Guantanamo, Myers a répondu : « Je n’en suis pas sûr ». Sur le terrain, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui visite régulièrement la prison d’Abou Ghraib, a souhaité que les exactions commises par des soldats américains et britanniques sur les détenus irakiens soient punies par la justice. « Quand il y a des informations faisant état de torture, il est extrêmement important qu’il y ait une enquête sérieuse et que, si ces cas sont avérés, ils soient punis par la justice », a déclaré mardi la porte-parole du CICR, Antonella Notari.
De son côté, la réaction de la Maison-Blanche se voulait claire et nette en déclarant : «Notre armée ne tolère pas les sévices contre des prisonniers» et M. Bush a téléphoné au secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, parce qu’il «veut être certain que des mesures adéquates sont prises à l’encontre des responsables de ces actes épouvantables et honteux ». Lundi, un haut responsable de la coalition a indiqué que six officiers de l’armée américaine avaient reçu un blâme écrit. Cette plus haute réprimande écrite de l’armée américaine bloque toute promotion et signifie la fin de la carrière militaire, a expliqué ce responsable qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat. Selon lui, un septième officier a reçu une réprimande écrite de moindre degré.
Côté britannique, le tabloïd londonien «Daily Mirror» a publié samedi plusieurs photos montrant un prisonnier irakien cagoulé et un soldat britannique le menaçant de son fusil d’assaut et lui urinant sur le corps. C’est plus qu’une épine dans les pieds de la coalition dont la présence en Irak, sans l’implication de l’ONU, est de plus en plus contestée.

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