Irak-ONU : Résolution et réactions

C’est par le biais d’une interview à la chaîne satellitaire Al-Jazeera que l’ambassadeur d’Irak aux Nations Unies, Mohamed Al-Douri, a apporté mercredi les premières critiques concernant la résolution 1409. Votée la veille par le Conseil de sécurité, celle-ci devait modifier les sanctions imposées à l’Irak, au lendemain de l’invasion du Koweït en août 1990. Selon lui, «la procédure avec laquelle a été présenté le projet est une procédure américaine». «Le projet a été discuté par l’Amérique avec les autres pays membres », a insisté M. Douri avant d’ajouter que « ce qu’on appelle liste d’articles sujets à examen (« goods review list ») est une longue liste préjudiciable à l’économie irakienne et, directement, au peuple irakien, parce qu’elle aura des répercussions dans tous les domaines, en particulier agricole, industriel et sanitaire ».
Selon le diplomate irakien, les procédures d’acquisition des produits sont «nombreuses et compliquées». Elles viseraient «seulement à entraver l’arrivée des produits humanitaires en particulier et des autres produits en général ». «Ces produits accuseront un retard plus important que dans le passé et seront coûteux pour le peuple irakien », a ajouté M. Douri. Pour l’heure, Baghdad semblait quant à lui vouloir étudier de plus près cette résolution « avant de prendre une décision ». Côté new-yorkais, les diplomates ont déjà stipulé qu’avec ce nouveau régime, le gouvernement irakien ne pourrait plus répéter que les sanctions affectent la survie de la population, en l’empêchant d’importer nourriture et médicaments. Ce qui n’a pas empêché l’influent quotidien irakien Babel, dirigé par Oudaï Saddam Hussein, fils aîné du président, de mettre en garde dès lundi contre «un piège américain et un nouveau crime contre le peuple irakien, visant à élargir l’embargo». Que stipule donc cette fameuse «résolution 1409 » adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil ? Longue et complexe, elle met en place un système où les sanctions restent en vigueur, mais elle élargit en même temps les possibilités pour l’Irak d’importer les produits d’usage civil. Ceux-ci sont en fait tous ceux qui ne se trouvent pas dans la nouvelle liste – la GRL – de 300 pages recensant « les produits qui peuvent avoir un usage militaire et qui restent soumis à inspection ». Mais même ces produits autorisés restent soumis à déclaration au Bureau chargé du programme Irak (BPI) de l’ONU.
Et – ce qu’a vivement dénoncé M. Douri -, le BPI peut avoir recours à deux autres organisations pour «complément d’information ». La Commission pour le contrôle, la vérification et l’inspection (COCOVINU) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA) ont elles-mêmes la possibilité de se tourner vers d’autres centres, tout cela dans des délais précis, tandis qu’au final, le fournisseur peut faire appel… Sans aucune surprise, le programme « pétrole contre nourriture », pourtant établi en décembre 1996 « comme une mesure temporaire », reste par ailleurs en place. De même que l’embargo sur les exportations d’armes à destination de l’Irak. La résolution prévoit enfin que ce système soit revu dans 6 mois et donne lieu à un rapport du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan.

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