Irak : Zapatero tient ses promesses

La décision prise par le nouveau gouvernement espagnol, et la rapidité du déclenchement du retrait risque apparemment de troubler la politique américaine d’occupation en Irak. A croire que la Maison-Blanche ne s’attendait pas à la mise en exécution de la décision de Zapatero. Dimanche, ce dernier avait annoncé avoir ordonné aux soldats « de rentrer en Espagne dans les plus brefs délais et dans des conditions de sécurité maximale ».
M. Zapatero a demandé à comparaître devant le Parlement pour expliquer sa décision aux députés. Lundi, le ministre espagnol de la Défense, José Bono, a annoncé que le retrait des troupes espagnoles d’Irak serait achevé d’ici six semaines. Dans la journée, M. Bono avait jugé que l’intervention militaire de l’an dernier en Irak sous la direction des Etats-Unis était illégale dans la mesure où elle n’avait pas reçu l’aval de l’ONU.
« Plus jamais, nous ne tournerons le dos aux Nations unies », avait-il ainsi assuré. « Plus jamais, nous ne tournerons le dos aux Espagnols, (…) qui ne comprennent pas, et n’acceptent pas la présence des forces espagnoles » envoyées en Irak sans le feu vert de l’ONU. Un avion militaire s’est envolé lundi avec du matériel censé faciliter l’opération de retrait des troupes, a dit le ministre. Cet appareil devait initialement effectuer une rotation de soldats prévue longtemps à l’avance. La décision de l’Espagne a entraîné les regrets du président américain George W. Bush et les critiques de plusieurs pays participant à la coalition selon lesquels la position du gouvernement de Zapatero risque de déstabiliser le pays. Plusieurs alliés de Washington ont assuré que le retrait espagnol ne modifierait pas leur engagement en Irak, à commencer par l’Italie, le Japon et la Bulgarie. Le Premier ministre australien, John Howard, est allé même plus loin en fustigeant la décision espagnole tout en assurant que cela n’aurait aucune influence sur l’engagement militaire de l’Australie. Il n’en demeure pas moins que les Américains sont inquiets.
Dans une conversation téléphonique, le président Bush a exprimé son « regret au président Zapatero à propos de la décision brutale de retirer les troupes espagnoles d’Irak», a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan.
« Le président (Bush) a demandé que le retrait espagnol se fasse de manière coordonnée de manière à ne pas mettre en danger les autres forces de la coalition en Irak », a-t-il ajouté. Cette précaution avait déjà été évoquée par le général Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaires en Irak. Ce dernier avait affirmé lundi qu’il n’y aurait pas de vide sur le terrain, car le départ des troupes espagnoles se fera de manière « ordonnée ». Les inquiétudes des Américains sont d’autant vérifiables que le Honduras a décidé lundi de retirer ses troupes (environ 370 militaires) stationnées en Irak. C’est ce qu’a annoncé son président Ricardo Maduro à une chaîne de radio et de télévision du pays.
« J’ai fait savoir ce jour aux pays membres des forces de la coalition et aux autres pays amis que j’ai décidé le retrait des troupes honduriennes d’Irak », a affirmé le président Maduro qui n’a pas indiqué de date précise pour ce retrait. Et il paraît que d’autres pays sont sur le point de suivre la même voie que le Honduras. Pendant ce temps-là, à Washington, Bush a nommé John Negroponte, actuel ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu, ambassadeur en Irak. M. Negroponte se retrouvera à la tête de la plus importante ambassade des Etats-Unis au monde avec quelque 3.000 employés dont entre 700 et 1000 Américains. Encore faut-il que cette nomination soit approuvée par le Sénat.
En Espagne, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos qui a remarqué que « les expressions publiques de l’administration américaine ont été caractérisées par une compréhension pour la position espagnole » et qui s’apprête à partir mardi pour Washington a résumé la position espagnole dans une seule phrase : « Nous avons noté une volonté de regarder vers l’avenir ».

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