Israël doit accepter l’initiative saoudienne

Prévenus que  le roi Abdallah d’Arabie Saoudite ne  tolérerait pas l’échec du sommet qu’il avait pris l’initiative de convoquer à la Mecque, les dirigeants palestiniens ont bouclé en trois jours un accord permettant, enfin, la constitution d’un gouvernement d’union nationale.
L’accord signé le 8 février au soir prévoit la constitution, dans un délai maximal de cinq semaines, d’un nouveau gouvernement dont le chef sera Ismaïl Haniyeh, flanqué toutefois d’un vice-Premier ministre issu du Fatah. Bien qu’il dispose de la majorité absolue au Parlement palestinien, le mouvement islamiste n’aura plus la majorité au sein du cabinet. Celui-ci comptera neuf ministres issus du Hamas, six du Fatah et quatre des autres factions palestiniennes, notamment le Front populaire de libération de la Palestine, ainsi que trois ministres indépendants, des technocrates proches du Fatah et de l’Autorité palestinienne.
Parmi les futurs ministres, deux d’entre eux, qui occuperont les postes-clés des Finances et des Affaires étrangères, sont de surcroît, réputés être proches des Américains. De quoi amener ces derniers à tempérer leur hostilité au futur gouvernement dont ils avaient tenté d’empêcher la formation en faisant pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il ne se rende pas à la Mecque ou qu’il refuse de signer un compromis avec le Hamas tant que celui-ci n’accepterait pas de se plier aux exigences de la Communauté internationale. Même s’il a dû céder plusieurs portefeuilles, le Hamas est sorti grand vainqueur des entretiens de la Mecque. Refusant d’obtempérer aux menaces formulées par Mahmoud Abbas, ses dirigeants ont obtenu la reconnaissance de la légitimité de leur mouvement.
Son intégration, prévue par les accords, dans les instances dirigeantes de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, confirme son statut et son indéniable représentativité. Pour atteindre cet  objectif, le Hamas n’a même pas eu besoin de renoncer aux principes de base de sa plate-forme idéologique. Il doit ce succès  au charisme et à l’habileté du chef de sa branche extérieure, Khaled Mechaal, qui a su faire preuve de pragmatisme en déclarant qu’à ses yeux, Israël était un fait établi. Cette souplesse lui a valu de bénéficier de l’appui affiché du roi Abdallah, qui, jusque-là, soutenait plutôt Mahmoud Abbas. En donnant satisfaction au monarque, Khaled Mechaal semblait lui confirmer qu’il était prêt à se détacher de son ancien protecteur iranien et à faire allégeance, désormais, à l’Arabie Saoudite.
C’est pour cette raison que le roi Abdallah a appuyé le Hamas au détriment du Fatah. Pour de nombreux observateurs, le gouvernement issu des accords de la Mecque sera un gouvernement d’union nationale  sous «protectorat saoudien».
Dans l’hypothèse où la communauté internationale se refuserait à  lever les sanctions financières prises contre le gouvernement d’Ismaïl Haniyeh depuis le printemps 2006, celui-ci peut compter sur la manne financière que déverseront sur les territoires l’Arabie Saoudite et ses alliés. Il ne sera pas nécessaire d’arriver à cette extrémité. Car on imagine mal que les USA et l’Union européenne puissent prendre le risque de se brouiller avec l’Arabie Saoudite, compte tenu de leurs liens politiques et économiques avec ce pays . D’autant que les sanctions, présentées comme la solution miracle,  se sont révélées inefficace, ce que reconnaissent plusieurs observateurs israéliens. C’est ainsi que l’éditorialiste Sever Plotzker, du quotidien populaire Yediot Aharonot, admet que Ehoud Olmert a eu tort de baser toute sa stratégie envers le Hamas sur le seul boycott économico- politique. Or, note l’analyste, «le boycott ne fait que renforcer la détermination de l’autre camp».
Voilà pourquoi Israël, aujourd’hui, doit mener une politique audacieuse et dynamique. Celle-ci consiste  à répondre favorablement à l’initiative de paix saoudienne, relancée cet automne par le roi Abdallah. De la sorte, il pourra obtenir de ce pays, leader des Etats arabes modérés, qu’il fasse pression sur son protégé, le Hamas, afin que celui-ci se rallie  à une négociation permettant de trouver une solution définitive au problème israélo-palestinien. Les résultats obtenus à la Mecque par le Souverain saoudien montrent qu’il s’agit là d’une opération qui pourrait bien être couronnée de succès.

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