Israël face au plan de paix arabe

Le Sommet arabe de Riyad a reconduit à l’unanimité, moins deux abstentions, celles de la Syrie et du Hamas, la résolution adoptée en 2002 par la Ligue arabe à Beyrouth, une résolution reprenant les termes de l’initiative de paix saoudienne. Elle a été  lancée par le prince héritier d’Arabie saoudite, qui est devenu, depuis, le Souverain du Royaume wahhabite. Ce texte prévoit une normalisation des rapports entre Israël et le monde arabe, moyennant l’évacuation par Israël des territoires occupés depuis juin 1967, la mise en œuvre de la résolution  de l’ONU sur le droit au retour ou l’indemnisation des réfugiés palestiniens et la création d’un Etat palestinien ayant pour capitale Jérusalem Est.
Le seul élément nouveau en 2007 est le fait que cette résolution a été ratifiée par tous les participants au sommet et engage de facto, désormais, l’ensemble du monde arabe qui ne connaît plus de «camp du refus». Car le Roi Abdallah a obtenu deux succès diplomatiques de taille en amenant le Hamas et la Syrie à ne pas s’opposer «au consensus arabe» et à faire de leur abstention une acceptation implicite de l’initiative saoudienne.
S’agissant des Palestiniens, la diplomatie saoudienne enregistre un second succès, après la signature, le 17 mars dernier, des Accords de La Mecque prévoyant la constitution d’un gouvernement d’union nationale composé de membres du Fatah, du Hamas et de personnalités modérées.
La Syrie, elle, a fait une concession en démontrant sa volonté d’entamer un dialogue avec Israël en vue de récupérer le plateau du Golan occupé depuis 1967. Damas a obtenu que la résolution du Sommet recommande, parallèlement à l’ouverture de négociations bilatérales entre Israéliens et Palestiniens, celle de discussions entre les Syriens et leurs voisins. Moyennant quoi Bachar Al Assad a demandé que son pays soit associé, pour les étapes futures de la négociation au Quartet arabe (Egypte, Jordanie, Arabie saoudite et Emirats Arabes Unis).
D’ores et déjà, l’Arabie saoudite peut se féliciter d’avoir obligé Ehoud Olmert à renoncer à son intransigeance. Lors de la dernière visite de Condoleeza Rice dans la région, le Premier ministre israélien s’était contenté de mentionner «certains  aspects positifs»  de l’initiative saoudienne. Cette fois, il a décidé de parler de l’ensemble de celle-ci et d’en reconnaître l’importance au point d’admettre, lors d’une conférence de presse tenue avec la chancelière allemande Angela Merkel : «Si j’avais l’opportunité de rencontrer le roi Abdallah, celui-ci serait surpris par mes propos et propositions».
Jamais Ehoud Olmert n’avait été aussi loin dans le rapprochement avec le camp de la paix israélien incarné par son vice-Premier ministre et compagnon de parti Shimon Peres. Il a même proposé la tenue d’un sommet régional, sous les auspices de l’Arabie saoudite, afin de discuter des perspectives ouvertes par la réunion de Riyad. Il s’agit d’une véritable révolution pour qui se souvient que le simple mot de «sommet international» mettait jadis en fureur les représentants de la droite israélienne. «Olmert veut un Sommet? Qu’il accepte d’abord l’initiative saoudienne !», a rétorqué un représentant saoudien.
Grâce au Sommet de Ryad, l’Arabie saoudite a repris la tête du monde arabe modéré, voire du monde arabe tout court. Elle n’entend pas limiter son action à une solution du conflit israélo-palestinien, mais faire de celle-ci la base d’un remodelage de la région en vue de sa stabilisation définitive. Ce qui passe nécessairement par la fin de l’intervention américaine en Irak, envers laquelle le roi Abdallah a eu des mots très durs.  Sur le plan intérieur israélien, le très impopulaire Ehoud Olmert -seuls 3% de ses concitoyens lui font confiance- a besoin d’un succès diplomatique pour «survivre» aux «conséquences désastreuses» pour son gouvernement de la prochaine publication du Rapport intérimaire de la Commission Winograd sur les dysfonctionnements de l’échelon politico-militaire lors de la seconde guerre du Liban.
Et ce répit, il ne peut l’obtenir qu’en répondant positivement aux Saoudiens et en bousculant l’attentisme des Etats-Unis.
Voilà pourquoi, chacun de leur côté, Saoudiens et Israéliens prennent de la sorte de vitesse Washington. Il faut espérer que ce soit de la même manière que Yasser Arafat et Shimon Peres qui n’avaient pas tenu informé Bill Clinton des négociations menées à Oslo. Si tel était le cas, George W.Bush apprendrait, à son tour, qu’il n’est pas le seul à pouvoir décider du sort des peuples de la région. Surtout, si, des deux côtés, on accepte de «négocier» en vue d’arriver à un accord.

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