Israël : Le boycottage des colonies mis hors la loi

Israël : Le boycottage des colonies mis hors la loi

Il est désormais interdit en Israël d’appeler au boycottage des colonies, après l’adoption d’une loi sans précédent lundi soir, à l’initiative de l’extrême droite et du lobby des colons. Des artistes qui afficheraient leur refus de se produire dans des colonies, des professeurs qui refuseraient publiquement d’y donner des conférences, des associations qui appelleraient à ne pas en consommer leurs produits, comme cela s’est manifesté l’année dernière, sont désormais passibles de fortes amendes et s’exposeraient à des demandes de dédommagements. Fait rarissime, la loi a été adoptée par la Knesset en dépit de l’opposition du conseiller juridique du Parlement Eyal Yinon, qui a averti qu’elle «heurtait de plein fouet le droit d’expression en Israël» et risquait en conséquence d’être annulée par la Cour suprême. Au sein de la coalition au pouvoir, sept ministres, dont le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu, ont manifesté leurs réserves en s’abstenant de participer au vote, s’inquiétant, selon les médias, des répercussions négatives de la loi sur l’image déjà passablement écornée d’Israël à l’étranger. Mais ils ne sont pas allés jusqu’à voter contre un texte présenté par le parti Likoud de M. Netanyahu, dont ils approuvent les motifs: combattre toute tentative de boycottage d’Israël, quitte à assimiler le boycottage des colonies à une délégitimation de l’Etat. Dans le camp opposé, la principale force d’opposition, le parti Kadima (centre droit) a critiqué la loi mais a renoncé à la discipline de vote, plusieurs de ses députés la soutenant ouvertement.
Seule l’opposition de gauche et les partis arabes se sont mobilisés, mais ne comptant tout au plus qu’une vingtaine de députés, ils ont été incapables de faire barrage à la loi, adoptée par 47 voix contre 38, sur 120 députés. «En vertu de cette nouvelle loi, Israël serait fondé à sanctionner les membres de la communauté internationale qui refusent de reconnaître la situation illégale associée à l’entreprise de colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés», a prévenu, lundi, avant le vote le négociateur palestinien Saëb Erakat. Le mouvement israélien anticolonisation «La Paix Maintenant» a lancé mardi une campagne de protestation. «Nous n’avons pas l’intention d’obéir à cette loi, et allons faire campagne contre elle, car toute personne achetant des produits des colonies contribue à perpétuer l’occupation», a affirmé à l’AFP Hagit Ofran, une responsable de La Paix Maintenant. Plusieurs organisations non gouvernementales israéliennes ont annoncé un recours devant la Cour suprême. La presse israélienne dans son ensemble s’élevait contre la loi. «Il n’y a pas de raison d’interdire aux gauchistes de boycotter les colonies tout en permettant aux juifs ultra-orthodoxes de boycotter les magasins vendant du porc et aux consommateurs de protester par le boycott contre la vie chère», écrit le quotidien Maariv. «Cette loi limite la liberté d’expression et de protester», a de son côté constaté le quotidien à grand tirage Yédiot Aharonot. Pour l’ancienne conseillère juridique de la Knesset Nourith Elstein, la «nouvelle législation, s’ajoutant à d’autres adoptées par la présente Knesset, montre que le pouvoir n’a plus aucune retenue quand il s’agit d’imposer sa volonté» à des citoyens qui récusent sa politique. Ces critiques ont été vertement rejetées à droite. «Comment peut-on juger la loi anticonstitutionnelle alors qu’Israël n’a pas de Constitution!», a ironisé le député du Likoud Yariv Levin, qui a évoqué un «putsch juridique», soutenant que la «Knesset était libre de prendre ses décisions sans avoir de comptes à rendre à la Cour suprême».

  Marius Schattner (AFP)

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