Israël : L’épouvantail de la guerre civile

Israël : L’épouvantail de la guerre civile

Le nouvel an juif qui sera célébré mercredi soir s’annonce houleux si l’on prend en considération ce bras de fer entre Ariel Sharon et les dizaines de milliers de colons juifs et de personnes qui les soutiennent, en ce qui concerne l’évacuation des colonies de Gaza et de quatre enclaves de Cisjordanie. Alors que des dizaines de milliers de ses partisans d’hier le conspuaient à Jérusalem et appelaient à sa démission, M. Sharon est plus déterminé que jamais à mettre son projet de retrait à exécution. S’adressant à un rassemblement du Likoud, le Premier ministre israélien a clairement souligné qu’il n’avait aucunement l’intention de revenir sur son projet. Et avant que le centre de Jérusalem ne grouille de milliers de manifestants pour dénoncer son plan, Sharon a accusé dimanche certains extrémistes de droite de fomenter une guerre civile et réclamé des mesures pour réduire leurs activités. Il n’est pas le seul à évoquer l’éventualité de cette guerre. Vendredi, des groupes de colons juifs, hostiles au plan de retrait israélien de la bande de Gaza, avaient estimé que l’évacuation des implantations juives pourrait plonger Israël dans la guerre civile. Composés essentiellement des juifs orthodoxes avec une grande présence de jeunes parmi eux, ils ont clamé leur colère envers Sharon dans le centre de Jérusalem.
Les organisateurs de la manif sont même allés jusqu’à projeter sur un écran géant des images d’archives de M. Sharon dénonçant tout projet de retrait unilatéral comme le préconisaient ses adversaires travaillistes. Il convient de signaler que pour la troisième fois, en l’espace de quelque mois, les colons farouchement opposés au plan de retrait de Sharon ont réussi à mobiliser plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour lui dire non. Ces derniers se sont rendus, par la suite, sur une place près de la résidence officielle du Premier ministre, où ils ont demandé sa démission. Ironie de l’histoire, Ariel Sharon, traité aujourd’hui de « dictateur » et de « traître » par les manifestants, était en 1995 à la tête d’un autre rassemblement de la droite et des colons sur la même place à Jérusalem. Il guidait les refuzniks contre la politique qu’il qualifiait de « capitularde » du Premier ministre travailliste de l’époque, Yitzhak Rabin, accusé alors par Sharon de céder une partie de la « Terre d’Israël » aux Palestiniens, suite aux accords d’Oslo.
Quelques semaines plus tard, Rabin est assassiné par un extrémiste juif. Toujours est-il que la manifestation de dimanche intervient deux jours avant le vote par le gouvernement d’un projet de loi d’indemnisation des colons, qui va constituer la première étape concrète du plan d’évacuation. Le plan Sharon, quant à lui, devra être lancé à la fin de février 2005 en démantelant 21 colonies de la Bande de Gaza et quatre petites implantations juives isolées dans le nord de la Cisjordanie. Cité par l’AFP, un des chefs des colons, le député Zvi Hendel du parti d’extrême droite, l’Union nationale, a déclaré à la radio israélienne qu’il préconisait la tenue d’un référendum national sur la question, mettant lui aussi en garde contre « la guerre civile ». L’extrême droite israélienne a opté pour la recrudescence, ces derniers jours.
Dans une pétition, cette même droite a appelé soldats et policiers à refuser d’évacuer les colons de la Bande de Gaza. Sur le plan diplomatique, le Caire vient d’abriter une réunion lors de laquelle les représentants du quartette sur le Proche-Orient ont préparé la prochaine rencontre de ce groupe à New York. C’est ce qu’a annoncé, dimanche, William Burns, le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé du Proche-Orient. Et ce dernier d’ajouter que la réunion de New York devrait représenter une importante occasion pour la communauté internationale de réaffirmer son engagement en faveur de la Feuille de route. En fait, le fameux plan de paix, prévoyant la création par étapes d’un Etat palestinien en 2005, a été condamné à l’inertie totale depuis sa naissance.
Côté arabe, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Ghait, a annoncé, dimanche, qu’il comptait se rendre en Israël, en compagnie du général Omar Souleimane, chef des services de renseignement, après la réunion de l’Assemblée générale de l’Onu à New York, la semaine prochaine. D’un autre point de vue, l’ébullition qui marque la scène politique israélienne n’a absolument rien d’inquiétant. Selon des observateurs du Proche-Orient, tout peut arriver en Israël, sauf une guerre civile.

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