Israël : Sharon II fait son entrée

Cette semaine, Ariel Sharon a réussir à conclure un accord avec trois des partis sortis vainqueurs du scrutin législatif anticipé du 28 janvier dernier. Cette nouvelle coalition lui permet désormais de détenir 68 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Un effort d’équilibriste qui lui a permis d’asseoir son pouvoir sur un cabinet qu’il entend bien gérer d’une main de fer. Il a déjà annoncé que ses proches, Shaul Mofaz, ancien chef d’état-major, et Limor Livnat, resteraient à leur poste respectif à savoir la Défense et l’Enseignement.
La nomination de celui qui était jusque-là en charge des finances, Silvan Shalom au ministère des Affaires étrangères est encore plus significative. Remplaçant du très influent Benjamin Netanyahu, M. Shalom est présenté comme un homme «inexpérimenté» en matière de diplomatie. Camouflet pour le chef du courant des «faucons» ? Netanyahu s’est vu offrir, compte tenu de «son talent, son expérience et ses capacités» en la matière, le ministère des Finances !
Si ce poste reste essentiel dans un pays frappé par une grave crise économique, il n’en reste pas moins que M. Sharon a tenté de marginaliser son principal rival politique. Et l’intéressé n’est pas dupe. En échange, il a réclamé mercredi la gestion des entreprises publiques, qui était du ressort du Premier ministre, et la direction des négociations avec les Etats-Unis pour l’octroi de 8 milliards de dollars de garanties bancaires du Trésor américain, demandé par Israël.
Reste les trois autres partenaires de courants pour le moins divers : le parti centriste laïc Shinouï, l’Union nationale (extrême-droite) et le Parti national religieux (PNR). Le premier devait hériter de cinq portefeuilles dont ceux de la Justice, de l’Intérieur et des Infrastructures nationales. Le PNR aura le portefeuille de l’Habitat, un ministère qui lui permettra d’appliquer sa politique de colonisation en impulsant de nouvelles constructions en territoire palestinien, ainsi que les Affaires sociales. L’Union nationale, enfin, se verra confier les portefeuilles des Transports et du Tourisme.
Qu’est-ce qui unit le plus cette nouvelle coalition gouvernementale? Une politique radicale à l’égard des Palestiniens semble être leur principal point de rassemblement. Le président Arafat lui-même est catégoriquement rejeté par tous les coalisés: c’est un «terroriste» et seul son départ pourrait permettre une ouverture du dialogue entre les deux camps ! Loin de faire l’unanimité la question de la création d’un Etat palestinien reste par contre plus floue. En décembre dernier, lors de la campagne électorale, Ariel Sharon avait donné son accord à un tel projet dans les conditions décrites par le président américain. Tout en exigeant auparavant une «démilitarisation totale» et un contrôle des frontières de l’espace aérien par Israël.
Mercredi, le président américain a d’ailleurs appelé l’Etat hébreu à «soutenir la création d’un Etat palestinien viable», «une fois que la menace de la terreur sera éliminée». Et c’est à M. Bush de lier un tel objectif au départ de Saddam Hussein et aux progrès de la démocratie au Proche et Moyen-Orient. «Un succès en Irak pourra aussi créer un nouvel environnement pour la paix au Proche-Orient et faire progresser dans la voie de la création d’un Etat palestinien véritablement démocratique», a-t-il déclaré. Nul doute que le message sera entendu…

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