Jean-François Copé presse Sarkozy de parler aux Français

Jean-François Copé presse Sarkozy de parler aux Français

Jusqu’à présent, le seul moment identifié où Nicolas Sarkozy était intervenu personnellement et publiquement pour commenter le rebondissant feuilleton Woerth-Bettencourt, c’était à Toronto, lors du sommet du G20, lorsqu’il était intervenu solennellement pour renouveler sa confiance à son ministre du Travail Eric Woerth. Les images de cette scène diffusée en boucle sur les télévisons et Internet montraient un Sarkozy royalement agacé, perdant presque ses mots, reprenant instantanément le tic des épaules qui vibrent, le signe d’une colère incontrôlée. Et depuis Nicolas Sarkozy s’est plongé lui-même dans un silence d’autiste. Au fur et à mesure qu’Eric Woerth subit le flot des révélations en continu qui sort de cette inépuisable boîte de Pandore, Nicolas Sarkozy observe un silence de moine. Il a choisi de sous-traiter sa communication dans cette affaire à son entourage et à ses conseillers qu’il charge de semer sa pensée dans l’opinion, après leur avoir préparé des éléments de langage et des augments de contre-attaque. Parfois l’Elysée répond par des communiqués. Pour tous ceux qui connaissent la passion gourmande de Nicolas Sarkozy pour les médias, ils peuvent aisément imaginer comment l’homme peut trépigner d’impatience dans son bureau. L’envie de descendre en découdre avec ses opposants dans l’arène doit être plus forte que la sagesse de se retenir et de laisser passer l’orage. Sauf que la dernière révélation dans cette affaire Woerth-Bettencourt, à savoir les affirmations de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt selon lesquelles cette dernière aurait remis, via le gestionnaire de sa fortune Patrice de Maistre, à l’UMP de Nicolas Sarkozy 150.000 euros en espèces pour financer la campagne présidentielle de 2007, peuvent changer profondément la donne. L’argent aurait été remis lors d’un dîner entre Eric Woerth et Patrice de Maistre. L’Elysée s’est empressé de démentir catégoriquement. Devant cette cascade de révélations, un homme, Jean-François Copé, a osé une demande d’une subtile subversion. Dans ce grand orage qui menace de provoquer «une crise de régime» pour reprendre le terme de quelques angoissés de la majorité présidentielle, le chef du groupe UMP de l’Assemblée nationale, pointe l’homme dont la parole devient urgente à entendre, celle du président de la République. Jean-François Copé y a mis les formes en enrobant sa demande pour que «les choses soient remises en perspective», il n’en demeure pas moins qu’il semble mettre sur le président de la République cette énorme responsabilité de devoir dégoupiller une crise qui menace de se transformer en catastrophe. D’ailleurs comme un écho à cette demande, Nicolas Sarkozy serait, selon ses proches, en train de «réfléchir à une intervention» pour tenter d’expliquer et d’apaiser les choses. Depuis le début de cette crise, Jean-François Copé et contrairement à ses habitudes, n’a pas voulu faire entendre sa petite musique. Il s’est rangé comme un seul homme derrière Eric Woerth, conscient sans doute que les enjeux de cette crise dépassent largement le sort personnel du ministre du Travail. Mais en demandant à Nicolas Sarkozy d’intervenir personnellement, Jean-François Copé allume la lampe rouge qui signifie que le danger est en train de devenir dangereux, voire mortel pour une majorité et un gouvernement auxquels cette affaire Woerth-Bettencourt semble avoir fait perdre la boussole.

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