Jean-Marie Le Pen mène son dernier combat

Jean-Marie Le Pen, le chef toujours incontesté de l’extrême droite, est en train de mener sa dernière bataille. Ces européennes lui offrent l’occasion de tirer ses dernières cartouches. Logiquement, en 2010, lors d’un congrès aux allures de succession dynastique, il doit passer le témoin à sa fille Marine, héritière proclamée, dauphine désignée. A condition bien entendu que le Front National n’explose pas en vol d’ici là ou que des mouvements putschistes n’en changent  la physionomie.
En attendant, Jean-Marie Le Pen, qui s’apprête à souffler ses 81 bougies, tel un vieux lion édenté, l’œil de verre plus brillant que jamais par l’âge et ses démolitions naturelles, n’a pas dit son dernier mot. Demain, quant il aura raccroché son arsenal de guerre et de haine au fronton d’une paisible maison de retraite, il pourra écrire sans risque d’être démenti: «Sarkozy m’a achever». C’est que le président de la République est crédité de cette rare réalisation, celle d’avoir réussi à démagnétiser le Front National et de l’avoir sorti de l’équation politique du moment. Un véritable exploit pour un parti qui, après avoir renvoyé le socialiste Lionel Jospin à sa fracassante retraite, était parvenu à envoyer son chef au tour final de la présidentielle de 2002 pour affronter Jacques Chirac.
Aujourd’hui, le Front National fait davantage partie du folklore politique. Pour justifier cette dégringolade, ses chefs ne cessent dénoncer la captation d’héritage opérée par Nicolas Sarkozy et froidement mise en musique, d’abord par un Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et de l’Identité national, sans états d’âmes ensuite par un Eric Besson sans scrupules.
Et quand Nicolas Sarkozy avait opportunément actionné le levier «Sécurité» pour donner un coup de fouet à cette campagne, Jean-Marie Le Pen était un des premiers à dénoncer cette stratégie : «On va parler de toutes ces notions qui appartiennent en général aux rubriques du Front National parce que c’est bon pour l’électeur (…) Je pense que  tout le monde peut être cocu une fois, lorsqu’on l’est deux fois, c’est que l’on est un peu complice quand même».
Sa fille, Marine, traduit ainsi la pensée du paternel: «On a eu l’acte I de l’escroquerie sarkozyste lors de la campagne présidentielle, on a l’acte II lors de la campagne des européennes (…) C’est un thème sur lequel il pense récupérer des électeurs qu’il a profondément déçus». Au delà de la traditionnelle thématique de sécurité, Jean-Marie Le Pen avait tenté, au cours de cette campagne, de porter l’estocade à Nicolas Sarkozy sur la question du déficit budgétaire estimé à 56,3 milliards d’euros en augmentation de 47% par rapport à celui de 2007 : «Sarkozy est pire que Chirac, ce qui n’est pas peu dire». Jean-Marie Le Pen pousse la critique contre Nicolas Sarkozy à des niveaux irrationnels,  jusqu’à l’accuser d’être de gauche : «Sarkozy a pratiqué à gauche une ouverture tellement grande qu’il est tombé dedans». Même si Jean-Marie Le Pen se dit «convaincu que nous ferons un bon résultat, probablement de l’ordre de celui que nous avons fait en 2004. (…) Aux alentours de 8%, 10%», sa dernière campagne est loin de porter ses fruits. Ses griffes sont de moins en moins acérées.
La raison principale : sur beaucoup de sujets porteurs au sein de l’électorat de droite, Nicolas Sarkozy s’est révélé inattaquable.
Un des sujets les plus emblématique est le Turquie. Jean-Marie Le Pen pousse la critique sur le sujet jusqu’à l’excès : «Nicolas Sarkozy avait promis d’arrêter les négociations d’adhésion. Il les a laissé se poursuivre normalement, y compris lorsqu’il a présidé le Conseil européen. Sur ce point comme sur tant d’autres, il fait le contraire de ce qu’il dit».
L’autre grande raison qui affaiblit la campagne de Jean-Marie Le Pen et la rend inaudible est l’incapacité partagée avec les autres leaders politiques de mobiliser les eurosceptiques. Après avoir été un des fers de lance les plus actifs dans le combat pour faire barrage à la constitution européenne, plus connue sous ce vocable à la laideur phonétique affirmée de «Nonistes», il paraît difficile aujourd’hui de lutter contre l’abstention qui menace ce scrutin. Une forte abstention dont on avait participer à nourrir les ressorts et l’argumentaire.

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