Jénine au coeur d’un débat envenimé

Damas, qui est le seul membre arabe du Conseil, avait demandé une enquête sur les événements tragiques de Jénine. Les Palestiniens accusent l’armée israélienne d’avoir commis un massacre dans ce camp, tuant des centaines de personnes, dont certaines ont été exécutées sommairement. Le ministre israélien de la défense Binyamin Ben Eliezer a fait état pour sa part de « dizaines» de tués palestiniens.
John Negroponte, l’ambassadeur des Etats-Unis au Conseil de sécurité, a indiqué « clairement et sans ambiguïté », qu’il opposerait son veto à ce texte s’il venait à être mis aux voix. Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a souligné qu’il est préférable, « pour le moment «de se consacrer à faire parvenir de l’aide à ceux qui en ont besoin, à aider les gens, à enterrer les morts et à évacuer les blessés ».
Le Conseil de sécurité a entamé jeudi après-midi un débat public sur la situation au Proche-Orient pour lequel une quarantaine d’orateurs sont inscrits. Un débat qui avait été précédé dans la matinée par une session à huis clos au cours de laquelle M. Annan avait demandé l’envoi dans les territoires palestiniens occupés d’une force multinationale armée autorisée à recourir à la force pour mettre un terme au cycle de la violence. Il est peu probable, avait indiqué un diplomate, que le projet de résolution soit discuté sur le fond lors de cette séance, les ambassadeurs «devant consulter leur capitale avant de se prononcer». «Ce qui est important», a-t-il ajouté sous le couvert de l’anonymat, « c’est que le débat s’engage. Il faut éviter que le scepticisme ne bloque la discussion de cette idée qui serait alors enterrée tout de suite».
Par ailleurs, le quotidien israélien à grand tirage Yediot Aharonot, souligne que «l’armée (israélienne) fait tous les efforts pour expliquer à la communauté internationale sa version des faits, mais des responsables militaires avouent que la bataille contre les images est vaine ». Le journal faisait référence aux reportages télévisés dans le camp de réfugiés de Jénine, réduit à des décombres. Et de se poser les questions suivantes: «combien de palestiniens ont-ils été tués dans l’offensive de l’armée israélienne, déclenchée le 3 avril? combien, parmi eux, de combattants, de femmes ou d’enfants écrasés sous les ruines? y a-t-il eu des exécutions sommaires, comme l’affirment les Palestiniens?».
L’armée israélienne, qui s’est retirée vendredi matin de la ville et du camp, dans le nord de la Cisjordanie, y a fait face à une résistance acharnée, sans commune mesure avec celle rencontrée dans les autres villes occupées de Cisjordanie. Vingt-trois soldats israéliens y ont laissé la vie, dont 13 dans une seule embuscade. La polémique a cependant vite éclaté sur le nombre des victimes palestiniennes et les raisons des destructions massives. Elle s’est amplifiée avec l’interdiction à la presse et aux sauveteurs d’accéder à la ville et au camp, l’armée israélienne faisant valoir que la zone restait dangereuse « en raison de la présence d’engins explosifs ». Le 12 avril, un haut responsable israélien avait fait état «d’environ 250 morts» palestiniens, chiffre réduit ensuite par l’armée à «quelques dizaines». Une porte parole de l’armée avait indiqué, jeudi, que «25 corps» avaient été remis aux Palestiniens et estimé qu’il y avait «sans doute encore des dizaines d’autres morts sous les décombres».
Les journalistes qui ont pu finalement se rendre sur place ont vu des corps ensevelis sous des maisons réduites à l’état de ruines par des bulldozers de l’armée et des tirs de canons de chars et de missiles d’hélicoptères.
«Une horreur qui dépasse l’entendement», avait accusé l’envoyé spécial de l’ONU, Terje Roed-Larsen, après avoir visité le camp. Il a qualifié de «dégoûtant» et «totalement inacceptable» le fait que «le gouvernement israélien n’ait pas autorisé, depuis 11 jours, les équipes de sauvetage et de recherches à venir» sur place.

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